Faut-il vraiment chercher à faire obéir les enfants ? avec Joëlle Sicamois #280

« Mets tes chaussures », « range tes affaires », « viens te laver les dents »… Vous avez demandé une fois, deux fois, cinq fois, et rien n’y fait. Et cette question vous tenaille peut-être :  comment faire pour que mon enfant obéisse, sans avoir à répéter, crier ou menacer ?

Derrière cette question très concrète se cache pourtant une autre interrogation : l’obéissance doit-elle vraiment être l’objectif de l’éducation ? Car si poser des règles et des limites est indispensable, cela ne signifie pas nécessairement attendre d’un enfant qu’il obéisse sans discuter.

Pour Joëlle Sicamois, directrice de la Fondation pour l’enfance, il est justement temps de sortir de cette injonction à l’obéissance, encore profondément ancrée dans notre modèle éducatif. Non pas pour laisser les enfants tout décider, mais pour construire une autre forme d’autorité, fondée sur le cadre, l’écoute et le respect. Une façon aussi de ne plus seulement chercher à obtenir un comportement dans l’instant, mais de se demander quel adulte nous souhaitons aider notre enfant à devenir.

Pourquoi voulons-nous que nos enfants obéissent ?

« Il faut restaurer l’autorité », « les enfants n’écoutent plus rien », « on en fait des enfants rois »… La question de l’obéissance des enfants dépasse largement les murs de nos maisons. Elle traverse régulièrement le débat public et continue d’alimenter les discussions autour de l’éducation. Mais pourquoi reste-t-elle si importante dans notre manière de penser la relation entre adultes et enfants ?

Pour Joëlle Sicamois, une partie de la réponse se trouve dans notre héritage culturel. La société française conserve encore une vision de l’enfant nourrie de nombreux stéréotypes négatifs : il serait bruyant, menteur, parfois manipulateur, et l’éducation aurait notamment pour fonction de le faire rapidement entrer dans les comportements attendus des adultes. Une représentation de l’enfance que nous avons pourtant tout intérêt à interroger et faire évoluer. Marion Cuerq invite d'ailleurs à ce changement de regard sur l'enfance dans un des épisodes du podcast.

À cela s’ajoute, selon la directrice de la Fondation pour l’enfance :

« un héritage patriarcal assez fort, qui visait l’obéissance de la femme, d’abord, et puis aussi de l’enfant, dans la cellule familiale ».

Des modèles profondément ancrés, qui continuent à se transmettre parfois inconsciemment d’une génération à l’autre.

Vouloir que son enfant obéisse n’est donc pas seulement une attente individuelle. Les parents sont eux-mêmes soumis au regard de leur entourage et, plus largement, de la société. Joëlle Sicamois évoque ces remarques que nombre d’entre eux ont déjà entendues :

« Tu devrais mettre plus de cadres, tu devrais le faire davantage obéir. »

Un enfant qui proteste, refuse une consigne ou exprime bruyamment sa frustration peut rapidement être considéré comme « mal élevé », tandis que son parent est soupçonné de manquer d’autorité.

Joëlle Sicamois prend l’exemple très concret d’un enfant de 3 ou 4 ans qui réclame un jouet dans un supermarché. Son parent refuse : le cadre est posé. Mais l’enfant, encore peu capable de réguler la frustration qu’il ressent, crie ou se roule par terre.

« Il y a deux possibilités dans une société à ce moment-là.
- Il y a une société qui regarde le parent et qui regarde l'enfant avec bienveillance en disant aux parents, c'est normal, à cet âge-là, c'est logique, il en a envie, ça va passer, il va grandir, voilà.
- Et puis, il y a une société qui va regarder le parent et l'enfant en disant regardez-moi ces enfants qui ne savent pas écouter, regardez-moi ça, il n'y en a plus aucun qui obéit.

Là, le parent, au lieu de se dire, oui, c'est normal, j'attends, j'accompagne mon enfant dans ce moment un peu difficile, il va le relever, probablement un peu brutalement, en lui disant, “bon, maintenant, t'arrêtes !”

Ce qui ne marche absolument jamais, au contraire, généralement, ça accentue le problème.

Mais pourquoi ? Parce que le parent, à ce moment-là, il n'aurait peut-être pas envie de réagir comme ça. Mais il sent une telle pression, une telle injonction à ce que son enfant se conduise autrement qu'il va réagir comme ça. »

La difficulté ne se joue donc pas uniquement dans la relation entre le parent et son enfant. Elle tient aussi au regard collectif que nous portons sur les comportements enfantins. Pourquoi tolérons-nous si difficilement qu’un jeune enfant fasse du bruit, manifeste une émotion ou ne se conforme pas immédiatement à ce que l’on attend de lui ? Une question qui rejoint celle que nous avions déjà explorée : pourquoi les enfants dérangent-ils autant les adultes ?

Chercher à obtenir l’obéissance immédiate peut alors devenir une façon de répondre à cette pression sociale. Mais éduquer un enfant sans rechercher systématiquement son obéissance signifie-t-il pour autant renoncer au cadre et aux limites ?

Comment faire pour que mon enfant obéisse ? Doit-il obéir à tout prix ? Enfant menacé par un adulte

© Gabby

Faire obéir un enfant n'est pas la même chose que poser un cadre

Renoncer à faire de l’obéissance un objectif éducatif ne signifie pas renoncer à toute autorité. C’est pourtant une confusion encore fréquente : éduquer sans violence reviendrait à ne plus poser de règles ni de limites. Une idée reçue sur laquelle revient également Isabelle Filliozat lorsqu’elle explique comment éduquer sans violence ni laxisme.

Pour Joëlle Sicamois, il faut justement sortir de cette opposition :

« Une éducation sans violence n'est pas une éducation sans cadres. Une éducation sans violence pose un cadre, des limites. »

Le rôle du parent reste donc bien de fixer des règles, de garantir la sécurité de son enfant et de prendre les décisions qui relèvent de sa responsabilité. La différence tient davantage à la place laissée à l’enfant à l’intérieur de ce cadre.

Écouter son enfant ne signifie pas le laisser tout décider

Reconnaître à l’enfant le droit de s’exprimer ne revient pas à lui confier la responsabilité des décisions familiales. Un jeune enfant n’a ni à choisir l’heure à laquelle toute la famille quitte la maison ni à décider s’il est nécessaire de s’attacher en voiture. Sur certains sujets, c’est à l’adulte de décider.

Cela n’empêche pas l’enfant d’avoir un avis, de l’exprimer et même de ne pas être d’accord. Cette distinction est importante : écouter un désaccord ne signifie pas nécessairement modifier sa décision.

Joëlle Sicamois insiste d’ailleurs sur le fait qu’il serait tout aussi inadapté de placer systématiquement le choix entre les mains de l’enfant :

« Ce n'est pas l'enfant qui décide de tout. Ça serait lui mettre une pression énorme. »

Donner une place à la parole de l’enfant consiste donc moins à lui céder le pouvoir de décision qu’à reconnaître qu’il est concerné par ce qui lui arrive. Une démarche qui suppose aussi, pour l’adulte, d’apprendre à mieux écouter les enfants, y compris lorsque leur réponse n’est pas celle qu’il espérait.

Une règle peut être maintenue même lorsque l'enfant n'est pas d'accord

Poser un cadre ne garantit pas que l’enfant l’acceptera avec enthousiasme. Il peut protester contre l’heure du coucher, ne pas vouloir quitter le parc ou trouver profondément injuste de devoir éteindre un écran. Le désaccord de l’enfant n’invalide pas pour autant la limite posée par le parent.

L’enjeu est alors de lui permettre de comprendre qu’il peut exprimer ce qu’il pense sans que sa parole détermine systématiquement la décision :

« Je dis ce que je pense, parfois ça va dans mon sens, parfois ça ne va pas dans mon sens et on m'explique pourquoi. »

L’enfant fait ainsi progressivement l’expérience de règles qui ne reposent pas uniquement sur le rapport de force : sa parole est entendue, l’adulte assume sa décision et peut lui en donner les raisons.

Il n’existe évidemment pas une manière unique de fixer des règles familiales, ni de rendre toutes les limites faciles à accepter. Pour aller plus loin sur cette question, Arnaud Riou explique justement comment poser un cadre éducatif sécurisant à son enfant.

Reste une question essentielle : si l’on peut obtenir qu’un enfant se conforme à une consigne par la peur, la menace ou le rapport de force, qu’apprend-il réellement ? Car obtenir le comportement attendu dans l’instant ne signifie pas nécessairement atteindre l’objectif éducatif que l’on poursuit à plus long terme.

Comment faire pour que mon enfant obéisse : et si on écoutait ce qu'il a à dire ? Maman qui échange avec son fils, qui lui parle, qui l'écoute

© Barbara Olsen

Pourquoi l'obéissance n'est-elle pas forcément un objectif éducatif ?

Faire obéir un jeune enfant est possible. En jouant sur le rapport de force, la peur de la punition ou la crainte de déplaire à l’adulte, on peut même obtenir rapidement le comportement attendu. Mais pour Joëlle Sicamois, la question est ailleurs : que cherchons-nous à transmettre à travers l’éducation ?

« Si on veut juste qu'ils obéissent jusqu'à ce qu'ils deviennent adultes […] ça va marcher. Parce que faire obéir à un enfant, surtout quand il est tout petit, en vérité, c'est assez facile. Il faut le dresser, il faut le soumettre, il faut lui faire peur. »

L’efficacité apparente d’une méthode ne dit donc rien, à elle seule, de sa valeur éducative. Un enfant peut arrêter de courir, se taire ou exécuter ce qu’on lui demande parce qu’il redoute la réaction de l’adulte. Le résultat recherché est obtenu, mais reste à savoir ce que l’enfant en retient.

Obtenir un comportement à court terme ou apprendre pour longtemps ?

Le cri permet particulièrement bien de comprendre cette différence. Lorsqu’un parent hausse fortement le ton, l’enfant peut immédiatement interrompre son comportement. De l’extérieur, il semble avoir « obéi ».

Pourtant, Joëlle Sicamois explique que cette réaction peut être provoquée par la peur :

« Le cri, ça peut provoquer une sidération, ça peut faire peur. Et donc, l'enfant va arrêter ce qu'il fait, mais il ne va pas arrêter parce qu'il a compris ce qu'on lui disait. »

La question n’est donc pas seulement de savoir comment se faire obéir sans crier, mais ce que l’on souhaite que l’enfant comprenne et apprenne de la situation. Faire cesser un comportement et permettre à l’enfant d’intégrer progressivement pourquoi il est attendu de lui qu’il agisse autrement sont deux objectifs différents.

Cette distinction invite aussi à regarder au-delà de la situation présente. Un parent doit évidemment gérer le quotidien, parfois dans l’urgence. Mais l’éducation se construit également dans la répétition de toutes ces interactions : ce que l’enfant expérimente aujourd’hui participe peu à peu à sa manière d’entrer en relation avec les autres.

Quel adulte voulons-nous aider notre enfant à devenir ?

Plutôt que de se demander uniquement comment obtenir l’obéissance de l’enfant aujourd’hui, Joëlle Sicamois propose donc de déplacer le regard vers l’adulte qu’il deviendra :

« Quel type d'adulte on a envie d'avoir demain ? Est-ce qu'on a envie d'avoir un adulte qui est capable d'écouter son environnement, qui est bienveillant avec les autres, qui est capable de participer au collectif ? »

Cette réflexion conduit à penser l’éducation non comme l’apprentissage d’une soumission à l’adulte, mais comme celui de la vie avec les autres. L’enfant peut progressivement apprendre à :

  • exprimer son opinion ;

  • entendre celle d’autrui ;

  • accepter qu’elle ne soit pas toujours retenue ;

  • trouver sa place dans un collectif.

C’est ce que Joëlle Sicamois, reprenant une expression utilisée par le philosophe Pierre Vespérini dans son livre Pour les enfants, éduquer dans la dignité, éduquer à la liberté, appelle une « éducation démocratique ». La famille devient alors l’un des premiers espaces dans lesquels l’enfant expérimente que sa parole compte, mais qu’elle coexiste avec celle des autres.

« J'apprends à exprimer mon opinion, j'apprends à écouter l'opinion des autres, j'apprends que mon opinion, elle compte, mais qu'elle ne compte pas plus que celle des autres. Ça, c'est le principe de la démocratie. »

Cette manière d’envisager l’éducation suppose finalement de considérer l’enfant non seulement comme un adulte en devenir, mais comme une personne qui participe déjà à la société. Une réflexion qui rejoint celles menées avec Emmanuelle Duez sur la nécessité de politiser l’enfance et de faire une place aux enfants dans la vie démocratique et Sarah El Haïry sur la place que nous accordons aux enfants dans notre société.

Comment faire pour que mon enfant obéisse : livre de Pierre Vesperini, Pour les enfants

Recommandation de Joëlle Sicamois, le livre de Pierre Vesperini, aux éditions Les Belles Lettres : Pour les enfants, éduquer dans la dignité, éduquer à la liberté

Mon enfant ne m'obéit pas : que faire concrètement ?

Une fois que l’on a décidé de ne plus faire de l’obéissance une fin en soi, reste le quotidien. Que faire lorsque son enfant refuse de s’habiller, ne veut pas quitter le parc, proteste au moment d’aller se coucher ou semble ne pas écouter une consigne répétée plusieurs fois ?

À cette question, Joëlle Sicamois se garde bien de proposer une méthode qui fonctionnerait à tous les coups :

« L'éducation, ce n'est pas des tips. »

Plutôt que de chercher la réponse qui permettrait d’obtenir systématiquement le comportement attendu, il faut donc commencer par regarder ce qui se joue dans chaque situation.

Replacer le comportement de l'enfant dans son contexte

Un enfant qui ne répond pas à une demande n’est pas nécessairement en train de défier volontairement l’autorité de son parent. Il peut être absorbé par ce qu’il fait, frustré de devoir l’interrompre, submergé par une émotion ou tout simplement épuisé.

Joëlle Sicamois invite notamment à replacer les comportements des enfants dans le contexte de journées parfois particulièrement longues. Elle prend l’exemple d’un enfant de 4 ans qui se lève à 6 h 30, arrive tôt à l’école, enchaîne temps scolaire et périscolaire avant de rentrer chez lui vers 18 h 30 :

« Évidemment que le soir, l'enfant n'a qu'une envie, qu'un besoin, c'est de pouvoir exprimer toute cette difficulté, cette fatigue, le fait qu'il ait dû respecter des règles tout au long de la journée et quand, enfin, il rentre chez lui, il a besoin de pouvoir respirer et pouvoir sortir de ce carcan.

Sauf que là, c'est le moment où pour le parent, c'est difficile parce que lui aussi, il a passé toute une journée difficile. Il faut accueillir cette émotion-là alors que lui-même en a probablement aussi beaucoup. »

Les journées des enfants sont ainsi largement organisées en fonction des contraintes des adultes, avec des temps de collectivité qui peuvent être particulièrement longs dès le plus jeune âge. Comprendre et respecter davantage le rythme de l’enfant permet aussi de porter un autre regard sur certains comportements que l’on interprète trop rapidement comme de la désobéissance. Un enfant qui s’oppose ou s’effondre en fin de journée n’a pas nécessairement besoin qu’on lui impose davantage d’autorité : il peut simplement ne plus avoir les mêmes ressources pour répondre à ce que l’on attend de lui.

Accepter qu'il n'existe pas toujours de réponse immédiate

Comprendre ce qui se joue dans une situation ne signifie pas pour autant disposer d’une réponse capable de la résoudre immédiatement. C’est aussi pour cette raison que Joëlle Sicamois se méfie des recettes éducatives toutes faites : à une même situation ne correspond pas nécessairement une réponse unique, valable pour tous les enfants et dans toutes les familles.

Face à un refus ou à une opposition, le parent peut donc parfois devoir accepter de ne pas disposer de la formule qui permettra de faire cesser immédiatement le conflit. L’enfant peut rester frustré, en colère ou en désaccord, même lorsque l’adulte essaie de comprendre ce qu’il traverse.

Cela ne signifie pas que le parent ne fait rien. Il peut observer ce qui se passe, essayer de comprendre les besoins de son enfant, tenir compte du contexte et ajuster sa réponse lorsque cela est possible. Mais l’éducation ne se résume pas à une succession de problèmes auxquels il existerait, à chaque fois, une solution permettant d’obtenir le comportement attendu.

Et quand je finis quand même par crier sur mon enfant ?

Comprendre que l’on ne souhaite plus obtenir l’obéissance de son enfant par la peur ou le rapport de force ne signifie pas que l’on ne criera plus jamais sur les enfants. Joëlle Sicamois le rappelle elle-même : éduquer des enfants est difficile, avec nécessairement des moments de tâtonnement et des erreurs.

Elle invite d’ailleurs à « faire baisser un peu le niveau de pression pour les parents » :

« On peut faire des erreurs avec ses enfants. Faire adopter une éducation sans violence, c'est pas du 100 %. »

Un rappel particulièrement important à l’heure où les injonctions éducatives peuvent parfois donner aux parents le sentiment qu’ils devraient toujours savoir comment réagir. Une pression qui peut nourrir ce que nous avons déjà évoqué dans le podcast sous le nom de syndrome du wonderparent.

Joëlle Sicamois ne banalise pas pour autant les cris ou les comportements que l’on peut regretter. Elle invite plutôt à reconnaître ce qui s’est passé et à pouvoir en parler avec son enfant :

« Dire à son enfant : "tu sais, quand j'ai réagi comme ça, je n'aurais pas dû réagir comme ça. Ce n'est pas une bonne façon de réagir. Je n'ai pas été capable de gérer mon émotion à ce moment-là, et tu n'y es pour rien. C'est pas toi. C'est moi le problème à ce moment-là". »

S’excuser auprès de son enfant ne remet pas le parent en défaut. Au contraire, explique Joëlle Sicamois :

« Vous allez gagner en autorité parce qu'il va avoir confiance en vous. »

Mais elle va encore un peu plus loin : reconnaître ses propres erreurs montre aussi à l’enfant qu’il a, lui aussi, le droit d’en faire et de s’en excuser. L’objectif n’est donc pas d’incarner un parent infaillible, mais de montrer qu’une erreur peut être reconnue et réparée.

« Il va se dire, quand mon parent fait une erreur, il me le dit, il le reconnaît. Eh bien, ça veut dire que moi aussi, j'ai le droit d'en faire. Moi aussi, j'ai le droit de m'excuser. Et ensemble, on va avancer. »

Lorsque les cris, menaces, humiliations ou gestes violents deviennent récurrents, il reste toutefois essentiel de ne pas les banaliser. Pour mieux les identifier et comprendre comment faire évoluer ses pratiques, retrouvez également notre article consacré aux violences éducatives ordinaires et aux moyens d'en sortir.

Comment faire pour que mon enfant m'obéisse : on a le droit de faire des erreurs, de crier alors qu'on ne voulait plus, on peut alors expliquer à son enfant qu'on n'aurait pas dû agir ainsi.

Ne pas crier pour son enfant pour qu’il respecte le cadre fixé n’est pas synonyme de réussite à 100%. On a le droit de ne pas y arriver parfois. L’important c’est aussi de présenter ses excuses, de reconnaître ses erreurs : une bonne exemplarité pour l’enfant qui pourra s’autoriser lui aussi à se tromper © Keira Burton

Et si l'enjeu n'était finalement pas d'avoir un enfant qui obéit ?

Ne plus chercher à tout prix l’obéissance de son enfant ne signifie pas basculer dans l’excès inverse et le laisser faire tout ce qu’il veut. Entre « mon enfant doit m’obéir » et « mon enfant décide de tout », il existe une autre voie : celle d’un enfant qui apprend progressivement à respecter un cadre et les autres, tout en étant autorisé à exprimer ce qu’il pense et ce qu’il ressent.

Ce changement de perspective ne produit pas nécessairement un enfant qui acquiesce à toutes les demandes. Mais Joëlle Sicamois invite justement à regarder les effets de l’éducation sur le temps long :

« Et puis, ce que les gens ne vont pas comprendre quand un enfant sera petit, parce qu'en effet, l'enfant n'obéira peut-être pas aussi bien que les autres, peut-être que quand l'enfant aura 10, 12, 13 ans, les gens vont se dire, "ah, ouais, je comprends peut-être un peu mieux ce que tu voulais dire".

En effet, ton enfant, il donne beaucoup son avis, il exprime ses besoins, ses positions sur certains sujets, et finalement, il l'exprime avec pas mal de respect pour les autres. C'était peut-être pas si mal cette façon d'éduquer les enfants, ou d'essayer en tout cas de les éduquer. »

La question « comment faire pour que mon enfant obéisse ? » peut alors en laisser émerger une autre : comment l’accompagner pour qu’il apprenne peu à peu à comprendre les règles, à vivre avec les autres, à faire entendre sa voix mais aussi à écouter celle des autres ?

Car l’enjeu de l’éducation ne se mesure peut-être pas seulement à ce que l’enfant accepte de faire aujourd’hui, mais aussi à ce qu’il sera capable de faire de sa propre voix demain.

FAQ : faire obéir son enfant

Pourquoi mon enfant ne m'obéit-il pas ?

Un enfant peut ne pas répondre à une demande pour de nombreuses raisons : il n’a pas compris la consigne, il est absorbé par une activité, fatigué, frustré ou submergé par une émotion. Selon son âge, ses capacités à contrôler ses impulsions et à réguler ses émotions sont également encore en développement. Avant d’interpréter son comportement comme un refus d’autorité, il est donc utile de chercher à comprendre ce qui l’empêche, à cet instant, de répondre à la demande.

Comment se faire obéir sans crier ?

Lorsqu’un enfant ne répond pas à une demande, il peut être utile, lorsque l’on en a les ressources, de faire un pas de côté plutôt que d'immédiatement répéter plus fort. Est-il fatigué, frustré, absorbé par ce qu’il fait, submergé par une émotion ? Se mettre à sa hauteur, observer ce qui se joue et accueillir ce qu’il ressent peut permettre de mieux comprendre pourquoi il n’arrive pas, à cet instant, à répondre à la demande.

Cela ne signifie pas renoncer à la consigne ni que le parent parviendra toujours à rester calme. La fatigue, le stress, la peur face à un danger ou simplement une journée difficile peuvent conduire à crier. Lorsque cela arrive, l’important est aussi de pouvoir revenir sur ce moment avec son enfant : reconnaître que l’on n’aurait pas dû crier, expliquer ce qui s’est passé et s’excuser.

L’objectif n’est donc pas d’être un parent qui ne crie jamais, mais de faire en sorte que le cri ne devienne pas le mode habituel de communication avec l’enfant. Lorsqu’il devient très fréquent ou que le parent sent qu’il ne parvient plus à contenir ses réactions, cela peut aussi être un signal qu’il a lui-même besoin de soutien.

Est-ce qu'un enfant doit toujours obéir à ses parents ?

Non, l’obéissance systématique ne devrait pas être considérée comme une finalité éducative. Les parents restent responsables de leur enfant et certaines règles doivent être respectées, notamment lorsqu’elles concernent sa sécurité. Mais un enfant doit aussi pouvoir exprimer son opinion, poser des questions ou manifester son désaccord. L’enjeu est de lui apprendre progressivement à respecter un cadre et les autres, plutôt que d’attendre de lui qu’il se soumette systématiquement à la volonté de l’adulte.

Quelles sont les différentes formes de violences éducatives ordinaires ?

Joëlle Sicamois distingue plusieurs formes de violences éducatives ordinaires :

  • les violences physiques, comme les gifles, les fessées ou le fait de bousculer un enfant ;

  • les violences psychologiques, comme se moquer de lui, le rabaisser ou ne pas le respecter ;

  • et les violences verbales, notamment les cris et les insultes.

Elle ajoute également les violences affectives, qui consistent par exemple à refuser de donner de l’affection à son enfant (cf. l'échange avec Boris Cyrulnik sur les carences affectives).

Le terme « ordinaires » désigne des pratiques qui peuvent s’inscrire dans le quotidien et rester socialement admises ou banalisées, tandis que le mot « éducatives » renvoie au fait qu’elles sont utilisées ou justifiées dans une intention éducative.

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