Comment aider son enfant à se faire des amis et à créer des liens ? avec Aurélie Callet #281
Comment aider son enfant à se faire des amis lorsqu'il semble rester seul dans la cour, qu'il est rarement invité aux anniversaires ou qu'il peine à trouver sa place dans un groupe ? Pour les parents, voir son enfant sans copains peut rapidement devenir une source d'inquiétude. Pourtant, avant de chercher à multiplier les rencontres, encore faut-il se demander comment l'enfant vit lui-même la situation : certains apprécient la solitude quand d'autres en souffrent réellement.
Et surtout, se faire des amis ne dépend pas uniquement du caractère ou de la facilité à aller vers les autres. Écouter, partager, accepter de perdre, faire des compromis, respecter les limites de l'autre ou savoir exprimer son ressenti sont autant d'habiletés sociales qui s'apprennent. L'école participe bien sûr à cet apprentissage, mais les parents ont eux aussi un rôle important à jouer au quotidien. Avec la psychologue clinicienne Aurélie Callet, cofondatrice du cabinet Kids et Family, nous explorons comment accompagner son enfant dans ses relations amicales sans pour autant intervenir à sa place.
L'amitié s'apprend-elle vraiment ?
Avant de chercher à aider son enfant à se faire des amis, encore faut-il comprendre ce que recouvre l'amitié pendant l'enfance. Les premières interactions avec d'autres enfants commencent très tôt, mais elles ne correspondent pas nécessairement aux relations amicales que l'enfant construira quelques années plus tard.
À partir de quel âge un enfant se fait-il vraiment des amis ?
À la crèche ou chez l'assistante maternelle, certains tout-petits semblent déjà particulièrement attirés l'un par l'autre. Ils se cherchent, apprécient d'être ensemble et peuvent créer des liens forts. Pour autant, Aurélie Callet distingue ces premières relations de l'amitié telle qu'elle se construit ensuite.
« On dit qu'en maternelle, en fait c'est plus des copains de jeu, ils jouent côte à côte, etc. La vraie notion d'amitié, en général, ça commence à l'école élémentaire. »
Cette distinction permet aussi de nuancer une idée régulièrement associée à l'entrée en crèche : celle selon laquelle un bébé aurait besoin d'être accueilli très tôt en collectivité pour apprendre à se socialiser. Les parents peuvent évidemment choisir ou avoir besoin d'un mode de garde collectif pour de nombreuses raisons. Mais la socialisation avec les autres enfants n'est pas, à quelques mois, un besoin qui imposerait en lui-même cette séparation précoce, explique Aurélie Callet dans l'épisode.
Les relations entre pairs vont prendre une place croissante au fil du développement. L'enfant apprendra progressivement à entrer en relation avec les autres, à jouer avec eux puis à construire des liens réciproques plus complexes. Les compétences nécessaires à l'amitié se développent ainsi dans le temps, bien au-delà des premiers mois de vie.
Être un bon ami demande des habiletés sociales
Certains enfants semblent spontanément très à l'aise dans leurs relations avec les autres quand d'autres rencontrent davantage de difficultés. Mais se faire des amis ne repose pas uniquement sur le tempérament ou la sociabilité de l'enfant.
L'amitié mobilise ce que l'on appelle des habiletés sociales, c'est-à-dire un ensemble de comportements et de compétences qui permettent d'interagir avec les autres de manière adaptée. Elles font partie plus largement des compétences psychosociales, qui jouent un rôle important dans la capacité de l'enfant à comprendre ses émotions, communiquer et construire des relations avec les autres. C'est d'ailleurs un sujet que nous avions approfondi avec Vanessa Duchatelle dans notre article consacré au développement des compétences psychosociales chez l'enfant.
Dans une relation amicale, cela signifie notamment être capable d'écouter l'autre, de partager, de communiquer, de faire des compromis ou encore de réguler certaines réactions émotionnelles. Autant de compétences, que que l'enfant va progressivement développer et que les adultes qui l'accompagnent peuvent l'aider à exercer.
Des compétences psychosociales qui s'apprennent aussi à la maison
L'école constitue évidemment un formidable terrain d'apprentissage des relations sociales. Mais le développement de ces compétences ne repose pas uniquement sur ce qui se passe entre enfants dans la cour de récréation.
La vie quotidienne offre elle aussi de multiples occasions de les exercer :
attendre son tour pour parler ;
écouter son frère ou sa sœur ;
accepter de perdre à un jeu ;
prêter certaines de ses affaires ;
tenir compte des envies de quelqu'un d'autre ou gérer sa frustration...
Ce sont parfois des apprentissages très ordinaires. Pourtant, ils préparent directement l'enfant aux situations qu'il rencontrera avec ses amis, sans ses parents pour arbitrer ou adapter constamment l'environnement à ses réactions. Et leur utilité va bien au-delà des amitiés de l'enfance : certaines de ces compétences relationnelles et comportementales se retrouvent plus tard dans le monde du travail, où elles sont notamment désignées sous le terme de soft skills. Ce lien avec le monde professionnelle est d'ailleurs évoqué par Aurélie Callet :
« Il faut vraiment leur apprendre toutes ces compétences-là, parce qu'en fait, ça va les aider pour leurs amitiés, pour leur vie professionnelle future. Rien que de savoir écouter, quoi. »
Apprendre à son enfant à se faire des amis ne signifie donc pas lui expliquer avec qui jouer ni nouer des relations à sa place. Il s'agit plutôt de lui permettre d'acquérir progressivement les compétences relationnelles dont il aura besoin pour aller vers les autres, mais aussi pour construire des relations équilibrées et agréables pour chacun.
© Eren Li
Pourquoi certains enfants ont-ils plus de mal à se faire des amis ?
Tous les enfants n'entrent pas en relation avec la même facilité. Certains vont spontanément vers les autres, prennent rapidement leur place dans un groupe et semblent se faire des copains partout où ils passent. Pour d'autres, créer un premier contact demande davantage de temps.
Cela ne signifie pas nécessairement qu'ils manquent de compétences sociales ni qu'ils vivent mal la situation. Avant de chercher à intervenir, il est important de comprendre ce qui peut rendre les rencontres plus difficiles pour un enfant.
La timidité peut compliquer les premiers contacts
Le tempérament joue tout d'abord un rôle. Un enfant réservé ou timide peut avoir envie de jouer avec les autres tout en éprouvant des difficultés à faire le premier pas. Une expérience négative peut également renforcer cette hésitation : après s'être entendu répondre « non » lorsqu'il demande à participer à un jeu, par exemple, certains enfants n'oseront plus renouveler leur tentative.
« En fait, c'est assez compliqué parce qu'il y en a, ça va être une personnalité un peu inhibée, un peu en retrait, des enfants qu'on va dire un petit peu timides, donc en fait, qui n'ont pas une facilité à aller vers les autres. »
Cette difficulté est d'autant plus importante que les autres enfants ne pensent pas nécessairement à aller spontanément vers celui qui reste à l'écart. Un enfant peut ainsi passer de nombreuses récréations seul sans qu'un camarade ne l'invite à rejoindre son jeu.
Certaines écoles cherchent justement à faciliter cette première rencontre. Aurélie Callet cite notamment les bancs de l'amitié, mais insiste sur le fait que leur intérêt repose sur le projet collectif qui les accompagne. Il ne suffit pas d'installer un banc dans la cour et d'expliquer aux enfants qu'ils peuvent s'y asseoir lorsqu'ils se sentent seuls. Toute l'école doit être sensibilisée à sa signification et à l'attention portée aux autres.
« Mais je trouve que quand t'impliques toute l'école dans la décoration de ce banc en expliquant, si vous vous sentez seul, isolé, si ça va pas et que vous osez pas aller vers les autres, vous vous asseyez sur ce banc et en fait, ça devient la responsabilité collective de l'école de se dire "quand il y a quelqu'un qui est assis sur ce banc, il faut aller le voir et proposer d'aller jouer avec vous". »
Le dispositif change alors de logique : il ne demande pas seulement à l'enfant isolé de signaler sa solitude, il apprend aussi aux autres à la remarquer et à y répondre. Comme le résume Aurélie Callet, lorsqu'un enfant s'assoit sur ce banc, « c'est la vigilance de tous ». L'apprentissage des relations sociales passe ainsi également par l'attention portée à celui qui reste à l'écart.
La différence peut rendre plus difficile le sentiment d'appartenance
Comment les enfants choisissent-ils leurs amis ? Aurélie Callet distingue deux grandes tendances : certains se rapprochent de ceux qui leur ressemblent, tandis que d'autres sont au contraire attirés par des personnalités très différentes de la leur. La première situation reste toutefois la plus fréquente. Et en grandissant, les ressemblances recherchées portent davantage sur :
les centres d'intérêt ;
les affinités ;
ou encore les valeurs partagées.
Cette tendance permet aussi de comprendre pourquoi certains enfants peuvent rencontrer davantage de difficultés à nouer des relations. Lorsqu'un enfant est perçu comme différent, physiquement ou dans son fonctionnement, il peut lui être plus difficile de trouver spontanément sa place parmi ses pairs.
C'est notamment une difficulté que peuvent rencontrer certains enfants neuroatypiques, dont le fonctionnement, les intérêts ou les codes relationnels ne correspondent pas toujours à ceux de leurs camarades. Nous avions d'ailleurs consacré un article au parcours scolaire des enfants neuroatypiques.
Mais l'enjeu ne consiste pas uniquement à apprendre à l'enfant différent à mieux s'intégrer. L'éducation à l'inclusion concerne également tous les autres enfants.
« Parce que je pense que pour développer l'intelligence émotionnelle de nos enfants, l'intelligence sociale, il faut vraiment leur apprendre en tant que parents, la valeur des différences. Il faut qu'on apprenne à nos enfants à être bienveillants, à être dans l'inclusion. »
Apprendre à remarquer un enfant seul, accepter que tous n'aient pas les mêmes centres d'intérêt ou la même manière de communiquer, proposer à quelqu'un de rejoindre un jeu : la capacité d'un groupe à accueillir les différences participe elle aussi à la construction des amitiés.
Un enfant sans copains est-il forcément malheureux ?
Voir son enfant seul à la récréation, rarement invité aux anniversaires ou l'entendre peu parler de copains peut être douloureux pour un parent. Mais cette inquiétude ne dit pas nécessairement ce que vit l'enfant.
Pour Aurélie Callet, le véritable point de vigilance est ailleurs :
« Moi, en tant que psychologue, le seul critère qui va m'intéresser, c'est justement ce critère de souffrance. Est-ce que l'enfant en souffre ou pas [de ne pas avoir d'amis NDLR] ? »
Trois situations peuvent alors être distinguées :
La solitude est choisie et bien vécue. Certains enfants ont peu d'amis, apprécient les activités solitaires et ne ressentent pas le besoin d'être constamment entourés. Un enfant qui préfère lire tranquillement pendant une récréation n'a donc pas nécessairement besoin qu'on l'aide à devenir plus sociable.
L'isolement s'installe progressivement. Il peut notamment arriver qu'un adolescent se replie sur les écrans et ne construise plus de relations en dehors de cet univers numérique. Aurélie Callet ne condamne pas les jeux vidéo ou les réseaux sociaux en eux-mêmes : ils peuvent tout à fait faire partie de la vie sociale des jeunes lorsqu'ils complètent des relations vécues dans la réalité. Ce qui devient plus problématique, c'est lorsque les relations sont exclusivement virtuelles et remplacent peu à peu les rencontres avec les autres.
« Mais si, par contre, vous avez un ado qui n'est que sur ses écrans, que sur des jeux online, en fait, qui n'est que dans des relations virtuelles, là, ça devient plus problématique parce que c'est de l'isolement. Mais tant que c'est un mix des deux, ce n'est pas dérangeant. »
La solitude est subie. L'enfant souhaite créer des liens mais n'y parvient pas, se sent rejeté, exprime sa tristesse ou souffre de son isolement. C'est alors cette souffrance, davantage que le nombre de copains ou d'invitations reçues, qui doit alerter les parents.
« Mais en gros, si l'enfant n'en souffre pas, ce n'est pas un sujet. »
Accompagner son enfant suppose donc de faire la différence entre la solitude qu'il apprécie, celle qu'il subit et celle qui peut progressivement s'installer lorsque ses relations avec les autres se réduisent fortement. Avant de chercher à lui faire davantage de copains, la première question reste peut-être la plus importante : comment se sent-il, lui, dans ses relations avec les autres ?
© Павел Гавриков
Les 7 habiletés sociales à développer à la maison
Savoir entrer en relation avec les autres ne s'apprend pas uniquement dans la cour de récréation. À la maison aussi, les enfants expérimentent chaque jour ce que signifie vivre avec d'autres : attendre, écouter, partager, négocier, être frustré ou tenir compte des envies de quelqu'un d'autre.
Ces situations ordinaires permettent aux parents de développer progressivement les habiletés sociales dont leur enfant aura besoin avec ses amis. L'objectif n'est pas de lui enseigner une bonne manière de se comporter en toutes circonstances, mais de lui donner des repères pour construire des relations dans lesquelles chacun trouve sa place.
1. Apprendre à écouter l'autre
Écouter ne consiste pas seulement à attendre son tour pour parler. Dans une amitié, l'enfant doit progressivement apprendre à entendre ce que l'autre lui dit, mais aussi à en tenir compte.
Cela peut se travailler très simplement dans la vie familiale :
laisser son frère ou sa sœur terminer une phrase ;
écouter une proposition avant d'exposer la sienne ;
respecter un refus.
Une compétence qui paraît élémentaire, mais qui ne va pas nécessairement de soi.
Aurélie Callet donne l'exemple d'un enfant qui invite un copain chez lui et insiste pour jouer avec son château alors que son invité lui a déjà expliqué à plusieurs reprises qu'il n'en avait pas envie. Une fois le copain parti, le parent peut revenir sur la scène :
« Moi, j'ai entendu ton copain dire trois fois “non, j'ai pas envie”. Tu n'as pas entendu son non. Donc, il est cool. Il a quand même joué à ça, mais moi, j'ai entendu quand même qu'il t'avait dit qu'il avait pas envie. Il faut que tu fasses attention quand l'autre te parler, de mieux l'écouter. »
L'intérêt est précisément de ne pas intervenir immédiatement à sa place, mais de l'aider ensuite à comprendre ce qui s'est joué dans la relation.
2. Apprendre à partager sans tout imposer
Recevoir un copain dans sa chambre confronte l'enfant à une situation particulière : des objets qui lui appartiennent deviennent soudain accessibles à quelqu'un d'autre.
Plutôt que d'exiger qu'il prête absolument tout, les parents peuvent préparer ce moment avec lui. Aurélie Callet propose notamment de mettre de côté les quelques jouets auxquels l'enfant tient particulièrement avant l'arrivée de son invité. Pour le reste, il sait à l'avance que son copain pourra jouer avec ses affaires et qu'il les laissera sur place en repartant.
Partager s'apprend ainsi progressivement, sans nier pour autant le droit de l'enfant à tenir particulièrement à certains objets.
3. Apprendre à perdre
Un enfant qui crie, boude ou quitte systématiquement la partie lorsqu'il perd peut rapidement mettre ses relations avec ses copains à l'épreuve. À la maison, la tentation peut être grande de le laisser gagner pour éviter la crise. Mais ses amis ne feront probablement pas de même.
L'enjeu est donc moins de lui apprendre à ne ressentir aucune frustration que de l'aider à la traverser sans que toute l'activité dépende du résultat.
« L'idée de passer des moments de sociabilisation et de jeu, en fait, c'est de passer un moment sympa. Donc, une fois, c'est toi, une fois, c'est moi, une fois, c'est bidule. Ça ne remet pas en question ta valeur personnelle. »
Les jeux de société deviennent alors un terrain d'entraînement particulièrement intéressant : perdre dans un cadre sécurisant permet peu à peu d'apprendre que la déception existe, qu'elle passe et qu'elle n'empêche pas de continuer à jouer ensemble.
4. Faire des compromis
Jouer avec un ami implique aussi de ne pas toujours décider. Quel jeu choisir ? Qui commence ? À quoi joue-t-on ensuite ? Si l'un impose systématiquement ses envies, la relation risque rapidement de devenir déséquilibrée.
Faire un compromis ne signifie pas renoncer constamment à ce que l'on souhaite. L'enfant apprend plutôt qu'une relation fonctionne dans les deux sens : parfois son idée est retenue, parfois celle de l'autre, et il est possible de chercher une solution qui convienne aux deux.
C'est aussi ce qui différencie progressivement une relation équilibrée d'une relation dans laquelle un enfant donne ou s'adapte en permanence.
5. Respecter ses limites et celles des autres
L'amitié ne suppose pas de tout accepter pour conserver un copain. Un enfant peut dire qu'une parole lui a fait de la peine, refuser quelque chose qu'il ne souhaite pas faire ou s'éloigner d'une relation qui le rend constamment malheureux.
Inversement, il doit apprendre à reconnaître et respecter les limites posées par l'autre. Le « non » d'un copain a autant de valeur que le sien.
Cet apprentissage est d'autant plus important que la peur de perdre une amitié peut parfois conduire un enfant à accepter des comportements qui lui font du mal. Aurélie Callet rappelle alors une idée simple :
« Autant, on ne peut pas choisir ses frères et sœurs. [...] Mais les amis, on est censé les choisir. C'est censé faire du bien. »
Apprendre à se faire des amis, c'est donc aussi apprendre qu'une amitié n'a pas à être préservée à n'importe quel prix.
6. Exprimer son ressenti sans attaquer l'autre
Lorsqu'un conflit éclate, enfants comme adultes ont facilement tendance à commencer par ce que l'autre a fait : « tu es méchant », « tu fais toujours ça », « c'est de ta faute ».
Aurélie Callet propose au contraire d'apprendre aux enfants à parler de ce qu'ils ressentent. Dire « ça m'a fait de la peine » ou « ça m'a mis en colère » permet d'exprimer une limite sans transformer immédiatement le désaccord en accusation.
Prenons un exemple : une même pièce dans laquelle il fait 22 degrés ; 2 amis en tee-shirt. L'un a très chaud, l'autre a froid et le dit. Un ami ne va pas essayer de démontrer qu'il n'y a pas de raison d'avoir froid vu que lui a chaud, il va demander s'il peut prêter un pull, aller chercher une boisson chaude, etc. Son copain va se sentir entendu et c'est ce qu'il souhaitait. Il s'en fiche de savoir s'il a raison ou pas en disant qu'il a froid. Dans cette situation, même s'il y a désaccord, l'important c'est que chacun est respecté dans son ressenti.
7. S'intéresser véritablement à l'autre
Enfin, créer une amitié suppose de sortir un peu de soi. Qu'aime l'autre ? À quoi a-t-il envie de jouer ? Qu'est-ce qui lui fait plaisir ?
Aurélie Callet prend un exemple très concret : choisir le cadeau d'anniversaire d'un copain. Plutôt que de décider à sa place ou de sélectionner ce que son propre enfant aimerait recevoir, le parent peut l'inviter à réfléchir à ce que son ami apprécie. Et s'il ne le sait pas, à aller le lui demander.
La même logique vaut lorsqu'un enfant souhaite rejoindre un autre enfant qu'il ne connaît pas encore. Au lieu de s'imposer directement dans son jeu, il peut commencer par observer ce qu'il fait, lui poser une question ou s'y intéresser. Aurélie Callet conseille de :
« leur apprendre à s'intéresser à l'autre, à ce qu'il a fait. »
Ces sept apprentissages ont un point commun : ils ne nécessitent pas de créer artificiellement des “leçons d'amitié”. Une partie de jeu de société, une dispute entre frères et sœurs, l'arrivée d'un copain à la maison ou la préparation d'un anniversaire deviennent autant d'occasions de travailler les relations aux autres. Le rôle du parent est alors moins de régler les interactions à la place de son enfant que de l'aider progressivement à comprendre ce qui les facilite ou, au contraire, les met en difficulté.
Que faire au quotidien pour soutenir son enfant dans le développement de compétences psychosociales utiles pour apprendre à nouer des amitiés.
Ce que les parents peuvent faire au quotidien
Aider son enfant à se faire des amis ne signifie pas intervenir dans chacune de ses relations. Le rôle des parents consiste davantage à :
lui offrir des occasions de créer des liens ;
l'accompagner lorsqu'une situation lui pose problème ;
lui permettre, progressivement, de se débrouiller sans eux.
Créer des occasions de rencontre
Lorsqu'un enfant aimerait avoir davantage de copains mais ne sait pas comment créer le rapprochement, les parents peuvent lui donner un petit coup de pouce. Une invitation après l'école, un rendez-vous au parc ou un après-midi à la maison permettent parfois de prolonger une relation qui peine à se construire dans le cadre collectif de l'école.
« On peut proposer de lancer une invitation à la sortie. Si votre enfant vous dit, il y a bidule qui est sympa. Vous sympathisez avec un papa à la sortie en disant : est-ce qu'il veut venir jouer à la maison ou est-ce qu'on peut se retrouver au parc, le parc à côté de l'école en général ? C'est un vrai truc. »
Il ne s'agit donc pas de choisir ses amis à sa place, mais de faciliter la rencontre lorsque l'enfant en a envie et qu'il n'ose pas forcément faire le premier pas.
Observer sans intervenir immédiatement
Inviter un copain à la maison présente aussi un autre intérêt : les parents découvrent comment leur enfant se comporte réellement dans une relation amicale.
À l'école, ils ne disposent généralement que de ce qu'il leur raconte. À la maison, ils peuvent observer davantage la dynamique : leur enfant écoute-t-il son ami ? Cherche-t-il constamment à diriger le jeu ? L'autre enfant semble-t-il à l'aise ? Comment réagissent-ils lorsqu'ils ne sont pas d'accord ?
Cela ne signifie pas qu'il faille commenter leurs moindres interactions. En revanche, une situation observée peut servir de point de départ à une discussion une fois le copain parti, sans exposer ni humilier l'enfant devant son ami.
L'objectif n'est pas de lui indiquer systématiquement ce qu'il aurait dû faire, mais de l'aider à comprendre progressivement les effets de son comportement sur les autres.
L'aider à trouver ses propres solutions
La même posture peut être adoptée lorsque l'enfant raconte un conflit survenu à l'école. Entendre que quelqu'un s'est moqué de lui, l'a exclu d'un jeu ou lui a adressé une remarque blessante donne facilement envie d'intervenir.
Pourtant, toutes les disputes entre enfants ne nécessitent pas l'intervention d'un adulte.
« Mais il faut essayer de prendre un peu sur soi et de pas trop s'en mêler pour que l'enfant soit convaincu qu'il a les capacités dans la résolution de conflit. »
Les parents peuvent en revanche l'aider à réfléchir :
Qu'a-t-il ressenti ? ;
Qu'a-t-il répondu ? ;
Que pourrait-il dire si cela recommence ? ;
À partir de quel moment doit-il demander de l'aide à un adulte ?
Cette manière de l'accompagner lui permet d'expérimenter progressivement la résolution de conflits, plutôt que d'attendre systématiquement qu'un adulte règle la situation.
Savoir quand reprendre la main
Ne pas intervenir trop vite ne signifie évidemment pas laisser son enfant gérer seul toutes les situations.
Aurélie Callet pose une limite claire :
« Pour moi, l'adulte, il intervient quand il y a de la souffrance, quand il y a du harcèlement. En gros, quand ça devient grave, c'est une histoire d'adulte. Dire à l'enfant, ton job d'enfant, c'est de raconter quand il y a un problème. Après, si c'est des choses graves, ça se règle entre adultes. Là, ça n'est plus une histoire d'enfant. »
L'enjeu est donc de trouver un équilibre : laisser à l'enfant suffisamment d'espace pour apprendre à gérer ses relations, tout en lui garantissant que l'adulte prendra le relais lorsque la situation dépasse ce qu'il peut régler seul.
C'est particulièrement essentiel en cas de harcèlement scolaire, qui ne relève plus d'une simple difficulté relationnelle entre enfants. Nous avons consacré un entretien avec Florence Millot au harcèlement scolaire et aux moyens d'aider un enfant qui en est victime
Aurélie Callet, psychologue clinicienne, est l’autrice-conceptrice de plusieurs livres et coffrets pour vous accompagner dans votre parentalité.
FAQ - Comment aider mon enfant à se faire des amis ?
Mon enfant n'a pas de copains : faut-il s'inquiéter ?
Avoir peu ou pas de copains n'est pas nécessairement inquiétant si l'enfant le vit bien. Le principal critère à observer est celui de la souffrance : souhaite-t-il avoir des amis sans parvenir à aller vers les autres ? Se sent-il rejeté, triste de son isolement ou semble-t-il se replier progressivement sur lui-même ? Si son isolement est subi ou s'accompagne d'un mal-être, il mérite davantage d'attention. Une consultation avec un psychologue peut alors aider à comprendre ce qui se joue et à évaluer la manière dont l'enfant vit réellement la situation.
Comment aider un enfant timide à se faire des amis ?
L'objectif n'est pas de pousser un enfant timide à devenir plus extraverti, mais de lui offrir des occasions de créer des liens dans lesquelles il se sent suffisamment à l'aise. Inviter un camarade à la maison ou proposer une rencontre au parc peut par exemple être plus facile à vivre qu'un grand groupe. Les parents peuvent aussi l'aider à préparer les premiers contacts : comment proposer un jeu, poser une question ou s'intéresser à ce que fait l'autre ? Peu à peu, ces expériences peuvent lui permettre de prendre confiance dans sa capacité à aller vers les autres.
Faut-il forcer un enfant à se faire des amis ?
Non. Un enfant qui apprécie réellement d'être seul n'a pas à être poussé à multiplier les amitiés pour rassurer les adultes. Et lorsqu'il souhaite se rapprocher d'un autre enfant, le désir de créer un lien doit rester réciproque. Comme le rappelle Aurélie Callet :
« On peut pas forcer les amitiés. »
Les parents peuvent apprendre à leur enfant à entrer en relation, écouter l'autre, s'intéresser à lui ou respecter ses limites. Ils peuvent aussi faciliter les occasions de rencontre. En revanche, ils ne peuvent ni choisir ses amis à sa place ni décider que deux enfants doivent devenir amis.
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