Rythme de l’enfant : pourquoi nos journées ne sont pas adaptées avec Kenza Occansey #263

Nos enfants sont fatigués. Stressés. Pressurisés. Et si le problème ne venait pas d’eux… mais du rythme de l’enfant que notre société leur impose ?

C’est tout l’enjeu de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, menée en 2025, qui a réuni plus de 130 citoyens et plus d'une centaine d’enfants rencontrés, pour repenser en profondeur leur quotidien.

Au micro du podcast Les Adultes de Demain, Kenza Occansey, président du comité de gouvernance de cette convention citoyenne revient sur un constat sans appel : aujourd’hui, le rythme de vie des enfants n’est pas adapté à leurs besoins fondamentaux.

Alors concrètement, qu’est-ce qui ne va pas ? Et surtout, comment repenser les journées de nos enfants pour mieux respecter leur développement ?

Des journées pensées pour les adultes, pas pour les enfants

Pendant des décennies, l’organisation du temps scolaire s’est construite sans partir des besoins des enfants… mais des contraintes des adultes.

Historiquement, par exemple, les longues vacances d’été ne répondent pas à un besoin pédagogique ou biologique. Elles trouvent leur origine dans une organisation économique : les enfants devaient être disponibles pour aider aux travaux agricoles aux côtés de leurs parents.

Autrement dit : dès le départ, le temps de l’enfant a été pensé en fonction de la société des adultes.

Et aujourd’hui encore, ce modèle perdure.

« On ne va pas essayer de refaire les temps de l’enfant par rapport aux contraintes qu’on connaît dans la société, mais on va partir du besoin des enfants. »

Dans les faits :

  • les horaires scolaires suivent les rythmes professionnels des parents ;

  • les journées sont longues et très concentrées ;

  • les temps de repos, de jeu ou de respiration sont limités.

Les enfants eux-mêmes décrivent une sensation de pression permanente.

« Les enfants ont été les premiers à nous dire : on est pressurisés. En fait, ils ressentent une pression constante comme s'il fallait toujours tout faire rentrer dans un temps très limite. »

Les journées sont denses… mais peu adaptées à leur développement.

Un citoyen de la convention résume ainsi le problème :

« On impose un rythme de cadre à nos enfants alors qu’il faudrait les laisser être des enfants. »

Le vrai problème : un rythme biologique ignoré

Le cœur du sujet, c’est ce que l’on appelle la chronobiologie : la manière dont notre corps fonctionne au fil de la journée.

Concrètement, notre cerveau n’est pas disponible de la même façon à tous les moments :

  • il existe des pics d’attention, notamment le matin ;

  • des temps de baisse d’énergie dans la journée ;

  • et des besoins de sommeil très différents selon l’âge.

Chez l’enfant, ces rythmes sont particulièrement marqués.

Comme l’explique Kenza Occansey, les spécialistes rencontrés pendant la convention rappellent que le corps suit un rythme naturel :

  • les jeunes enfants se réveillent tôt et sont rapidement disponibles pour apprendre ;

  • à l’inverse, les adolescents ont un besoin biologique de dormir plus… et de se lever plus tard.

Un exemple frappant évoqué lors des travaux : la production de cortisol, une hormone qui participe au réveil, est beaucoup plus sensible chez les jeunes enfants que chez les adultes.

Cela explique en partie pourquoi les jeunes enfants se réveillent souvent très tôt, déjà en forme et disponibles pour apprendre, alors que les adolescents, eux, ont naturellement besoin de dormir plus longtemps et de décaler leur journée.

Autrement dit, biologiquement, un enfant n’a pas le même rythme qu’un adolescent — ni qu’un adulte.

Et pourtant, l’organisation actuelle de l’école tient peu compte de ces différences.

« Aujourd’hui, les différents temps […] ne sont pas du tout pensés selon les besoins fondamentaux des enfants. »

On demande aux enfants d’apprendre quand leur cerveau n’est pas disponible… et de se reposer quand il pourrait l’être.

À quoi ressemblerait une journée adaptée au rythme de l’enfant ?

Si l’on prend vraiment au sérieux les besoins biologiques et psychiques des enfants, alors il faut repenser en profondeur l’organisation de leurs journées.

C’est précisément l’exercice auquel se sont livrés les citoyens de la Convention : imaginer, concrètement, à quoi pourrait ressembler une journée respectueuse du rythme de l’enfant.

Leur point de départ est simple : adapter les temps de la journée aux moments où l’enfant est réellement disponible pour apprendre… et à ceux où il a besoin de souffler.

Et de fait, l'organisation diffère selon l’âge, car tous les enfants n’ont pas les mêmes besoins.

Pour les enfants en primaire :

  • le matin serait consacré aux apprentissages fondamentaux, au moment où l’attention est maximale ;

  • l’après-midi laisserait plus de place à des activités différentes : projets, expérimentation, extérieur, apprentissages plus concrets.

C’est d’ailleurs déjà le cas dans de nombreuses écoles primaires, lorsque les contraintes logistiques le permettent.

Pour les adolescents :

  • le début des cours serait décalé à 9h, pour respecter leur besoin de sommeil ;

  • la journée se terminerait plus tôt, autour de 15h30 ;

  • du temps serait libéré pour souffler, pratiquer des activités ou simplement se reposer.

Ce sujet commence d’ailleurs à émerger dans le débat public, certains responsables politiques évoquant la possibilité de décaler les horaires scolaires des adolescents.

Pourquoi revenir à la semaine de 5 jours ?

Parmi les propositions de la Convention citoyenne, le retour à une semaine de 5 jours d’école revient régulièrement dans le débat.

Pourquoi ?
Parce qu’aujourd’hui, les journées des enfants sont particulièrement longues et concentrées.

L’idée n’est pas d’ajouter du temps scolaire, mais de mieux le répartir.

Les objectifs sont triples :

  • alléger les journées ;

  • créer un rythme plus régulier ;

  • éviter les ruptures qui perturbent le sommeil et la récupération.

Un point souvent contre-intuitif ressort des échanges avec les experts : les enfants ont davantage besoin de régularité que de longues coupures.

Autrement dit, des journées un peu plus courtes mais mieux réparties sur la semaine seraient plus respectueuses de leur rythme que des journées très denses suivies de longues pauses.

Le grand oublié du rythme de vie de l'enfant : le temps libre

Un élément central ressort du rapport de la Convention citoyenne sur les temps de l'enfant : les enfants manquent de temps libre.

Pas d’activités. Pas d’objectifs. Pas d’adultes. Juste… du vide.

Et pourtant, ce vide est essentiel.

« C’est important d’avoir ces temps où on ne fait rien », confirme Kenza Occansey.

Ces moments permettent à l’enfant de :

  • se reposer ;

  • développer sa créativité ;

  • apprendre à s’occuper seul ;

  • réguler ses émotions.

Mais aujourd’hui, ce temps libre est de plus en plus rare… et souvent capté par les écrans.

Un sujet que nous abordons régulièrement, notamment dans notre article sur Comment gérer les écrans avec son enfant suite à l'épisode avec Amélia Matar.

Car un temps libre non accompagné peut rapidement devenir un temps subi.

L’enjeu n’est donc pas de supprimer les écrans, mais d’aider l’enfant à faire de ce temps un espace réellement libre.

Autrement dit : un temps choisi, et non un temps occupé par défaut.

Et c'est donc un véritable enjeu pour les parents.

Peut-on vraiment adapter le rythme de l’enfant dans notre société ?

Repenser le rythme de l’enfant ne se limite pas à modifier les horaires scolaires. C’est toute l’organisation de notre société qui est en jeu.

Car dans la réalité, le quotidien des enfants est étroitement lié :

  • au travail de leurs parents ;

  • aux temps de transport ;

  • à la manière dont nos villes sont pensées.

Autrement dit, on ne peut pas repenser le temps de l’enfant… sans repenser notre environnement.

C’est dans cette logique que la Convention citoyenne propose la création de « campus de jeunes » : des lieux qui regrouperaient, dans un même espace, école, activités sportives, culturelles et temps de vie.

L’objectif est double :

  • limiter les déplacements ;

  • redonner du temps aux enfants dans leur journée.

Cette réflexion fait écho à un enjeu plus large, que nous explorons régulièrement : comment penser des villes réellement adaptées aux enfants et aux familles.

Sur ce sujet, vous pouvez notamment découvrir :

Car derrière la question du rythme de l’enfant, c’est bien celle de sa place dans la société qui se joue.

Un enjeu bien plus large : la santé mentale des enfants

Derrière ces questions de rythme, il y a un sujet bien plus profond : le bien-être des enfants.

Fatigue chronique, pression scolaire, anxiété… ces difficultés ne sont pas isolées.

Elles s’inscrivent dans un quotidien souvent trop dense, trop contraint, où les enfants ont peu d’espace pour souffler.

Les chiffres confirment ce malaise : l’enquête EnCLASS 2022 montre que près d’un élève sur cinq présente un risque de dépression, et qu’environ un quart des lycéens disent avoir traversé des pensées suicidaires au cours de l’année.

Impossible, dans ce contexte, de ne pas faire le lien avec l’organisation de leurs journées.

Quand tout s’enchaîne, école, devoirs, activités, écrans, sans véritable temps de récupération, le corps et l’esprit finissent par saturer.

Nous explorons d'ailleurs régulièrement le sujet de la santé mentale des enfants et adolescents dans nos épisodes, notamment :

Car au-delà des symptômes, c’est souvent un déséquilibre plus global du rythme de vie qui est en jeu.

Une convention citoyenne qui a fait dialoguer enfants et adultes

La Convention citoyenne sur les temps de l’enfant ne se distingue pas seulement par ses propositions. Elle l’est aussi par sa méthode.

Pour la première fois, adultes et enfants ont été associés à une réflexion commune sur un sujet qui les concerne directement.

Aux côtés des 133 citoyens tirés au sort, une vingtaine de jeunes âgés de 12 à 17 ans ont participé à plusieurs sessions de travail. Ils ont ensuite présenté leurs conclusions lors d’une journée d’échange avec les adultes. Une première mondiale à cette échelle.

En parallèle, plus d’une centaine d’enfants plus jeunes ont été rencontrés sur le terrain, dans des écoles et centres de loisirs, afin de recueillir leur vécu quotidien.

Cette démarche traduit une conviction forte : les enfants ne sont pas seulement concernés par ces sujets, ils ont aussi des choses à dire.

Reste désormais à savoir quelle place sera réellement donnée à ces propositions dans le débat public.

Album jeunesse qui fait réfléchir les adultes sur le rythme de l'enfant

Un album jeunesse qui nous fait réfléchir sur le rythme et les temps de l’enfant, bien différents de ceux imposés par les adultes et la société - Allez, on y va ! d’Amélie Graux aux Éditions Les Arènes.

Repenser le rythme de l’enfant, une transformation qui dépasse l'école

Repenser le rythme de l’enfant ne se résume pas à ajuster quelques horaires. C’est une transformation bien plus profonde.

Cela suppose :

  • de revoir nos priorités ;

  • de redonner une vraie place à l’enfance ;

  • mais aussi d’accepter de questionner nos propres rythmes d’adultes.

Car aujourd’hui encore, comme le souligne la Convention :

« Notre société n’est pas pensée à hauteur d’enfants. »

Et c’est sans doute là que réside le véritable enjeu.
Car derrière la question des rythmes, c’est bien celle de la place que nous accordons aux enfants dans notre société qui est posée.

Repenser le rythme de l’enfant, ce n’est pas un détail. C’est un choix de société.
Et si, pour une fois, nous écoutions vraiment ce que les enfants eux-mêmes nous disent ?

FAQ - Rythme de l'enfant

Quel est le bon rythme pour un enfant ?

Un bon rythme respecte ses besoins biologiques : un sommeil suffisant, des pics d’attention le matin (plus précoces chez le jeune enfant, plus tardifs chez l’adolescent), ainsi que des temps de repos et de jeu libre dans la journée.

Pourquoi les enfants sont-ils fatigués ?

Les journées sont souvent trop longues, trop denses et peu adaptées à leur rythme naturel. À cela s’ajoutent, pour certains enfants, des temps de trajet importants qui accentuent encore la fatigue.

À quelle heure un adolescent devrait-il commencer les cours ?

Les experts recommandent de commencer vers 9h, afin de respecter leur besoin de sommeil. À l’adolescence, les rythmes biologiques évoluent : les jeunes s’endorment naturellement plus tard, et leur demander de se coucher très tôt ne suffit généralement pas à compenser ce décalage.

Le temps libre est-il important pour les enfants ?

Oui, il est essentiel pour le développement, la créativité et la régulation émotionnelle de l’enfant.


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