Les écrans, ça s’apprend avec Amélia Matar #260
Aujourd’hui, de nombreux parents se demandent comment gérer les écrans avec son enfant sans tomber dans les conflits ou la culpabilité. Entre recommandations officielles, discours alarmants et réalité du quotidien, il est souvent difficile de trouver le bon équilibre.
Amélia Matar, spécialiste de l’éducation au numérique et autrice du livre Les écrans, ça s’apprend, aux éditions Vuibert, propose une approche nuancée et concrète de cette question. Cofondatrice de Colori, atelier qui permet aux enfants de découvrir les technologies sans écran afin de mieux les comprendre et d’en avoir un usage raisonné, elle est aussi directrice de programme chez Tralalère. Dans cet épisode, elle explique pourquoi elle n’est pas favorable à une interdiction systématique des écrans. Elle invite à établir des repères clairs, du dialogue et à agir avec beaucoup de bon sens pour gérer les écrans avec ses enfants.
Pourquoi est-il si difficile aujourd’hui de gérer les écrans avec son enfant ?
En quelques décennies seulement, notre rapport aux écrans a profondément changé. Là où Internet était quasi inexistant dans les années 90, les enfants d’aujourd’hui grandissent dans un environnement saturé de technologies. Smartphones, tablettes, ordinateurs, télévisions… Les écrans sont partout, et surtout, ils sont devenus individuels et omniprésents.
Amélia Matar le rappelle très justement :
« 30 ans, ce n’est rien dans l’histoire de l’humanité. Et pourtant, on est passé d’une situation où Internet n’existait quasiment pas à une situation où on a neuf écrans par foyer en France. »
Cette évolution fulgurante explique en grande partie le désarroi des parents. Nous sommes la première génération à devoir accompagner des enfants dans un monde numérique que nous n’avons pas connu nous-mêmes au même âge. Contrairement à d’autres sujets éducatifs, il n’existe pas de transmission intergénérationnelle solide sur ces usages.
Résultat : chacun tâtonne. Les repères sont flous. Les discours sont souvent contradictoires. Entre les alertes sanitaires, les recommandations officielles et les réalités du quotidien, il devient difficile de savoir où placer le curseur.
Amélia Matar met des mots très justes sur ce sentiment partagé :
« Malgré toutes les publications, malgré toutes les prises de parole qu’il peut y avoir sur le sujet, on est encore très paumés. »
Cette confusion vient aussi du fait que la question des écrans est complexe. Elle touche à la santé, à l’éducation, aux relations sociales, mais aussi à des enjeux économiques et technologiques majeurs. Il n’existe donc pas de réponse simple ni universelle.
C’est précisément pour cela qu’il est si difficile aujourd’hui de savoir comment gérer les écrans avec son enfant. Et c’est aussi pour cela qu’il est essentiel de dépasser les discours simplistes pour adopter une approche plus nuancée, adaptée à chaque famille.
Écrans et enfants : quels sont les vrais risques d’une surexposition ?
La question des écrans suscite souvent des réactions très tranchées. Certains parlent de catastrophe, d’autres minimisent les effets. Pourtant, il existe aujourd’hui des points de consensus clairs, notamment sur les impacts physiques d’une surexposition.
Amélia Matar insiste sur ce sujet :
« Les impacts vraiment sur lesquels il y a un consensus scientifique […], ce sont les aspects corporels. »
Parmi les impacts avérés, le sommeil. Il occupe une place centrale. Les écrans, en particulier le soir, perturbent l’endormissement et la qualité du repos. Or, le sommeil est essentiel au développement de l’enfant.
« L’enfant a besoin vraiment d’un sommeil de grande qualité pour bien grandir. »
Autre effet bien documenté d’un usage excessif écrans : la sédentarité. Plus les enfants passent de temps devant les écrans, moins ils bougent. Cette diminution de l’activité physique a des conséquences directes sur leur santé.
Enfin, la vue est également impactée. Ce point est parfois sous-estimé. Pourtant, il s’agit d’un enjeu important à long terme.
Ces constats rejoignent les alertes plus approfondies qui ont été développées dans l’épisode consacré à la surexposition aux écrans.
Pour autant, Amélia Matar invite à ne pas tomber dans un discours uniquement alarmiste. Tous les usages ne se valent pas. Tous les enfants ne réagissent pas de la même manière. Et surtout, la peur n’aide pas les parents à agir de façon constructive.
L’enjeu n’est donc pas de diaboliser les écrans, mais de mieux comprendre leurs effets pour poser un cadre adapté. Une approche nuancée permet d’éviter la culpabilité et d’ouvrir un véritable dialogue avec son enfant.
Pourquoi les écrans d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux de notre enfance : l'économie de l'attention
On entend souvent dire que « les écrans ont toujours existé ». Pourtant, ceux que connaissent les enfants aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec la télévision de notre enfance.
La première différence est simple : le passage d’un usage collectif à un usage individuel. Avant, les écrans étaient partagés. Ils faisaient partie de la vie familiale.
« C’était des écrans qui étaient fixes. Qui étaient souvent collectifs. »
Aujourd’hui, chaque membre du foyer possède son propre appareil. Les usages sont devenus personnels, souvent isolés.
À cela s’ajoute une multiplication massive des supports. Là où il y avait un ou deux écrans dans une maison, il peut désormais y en avoir plusieurs par personne. Cette omniprésence change profondément la place du numérique dans le quotidien des enfants.
Mais la vraie rupture se situe ailleurs. Elle tient à ce que l’on appelle l’économie de l’attention. Les outils numériques actuels sont conçus pour capter l’utilisateur le plus longtemps possible.
« Toutes ces techniques […] font qu’in fine, on est connecté plusieurs heures par jour. »
Contrairement à la télévision, les plateformes actuelles ne se contentent pas de diffuser du contenu. Elles sont pensées pour retenir l’attention. Elles s’appuient sur des mécanismes précis, étudiés par des experts du comportement humain.
« Ces géants de l'économie numérique ont créé cette nouvelle économie qu'on appelle l'économie de l'attention. Ils recrutent des cerveaux extrêmement bien faits, extrêmement diplômés, des neuroscientifiques, qui eux-mêmes étudient la façon dont fonctionne notre cerveau pour mieux le manipuler. Donc, on voit bien qu'on est vraiment dans cette stratégie de captation de notre attention parce que c'est comme ça qu'ils s'enrichissent. Plus on passe de temps connectés, plus ils s'enrichissent. »
À cela s’ajoute une forte stimulation sensorielle. Les images sont rapides. Les sons sont travaillés. Tout est conçu pour solliciter en permanence le cerveau.
« Les bruits, les images, les sons […] font partie des stratégies assumées pour capter aussi notre attention. »
Ces évolutions expliquent pourquoi il est plus difficile aujourd’hui de réguler l’usage des écrans. Les enfants ne sont pas seulement exposés à des contenus. Ils sont plongés dans des environnements conçus pour les attirer et les retenir.
Comprendre cette différence est essentiel. Cela permet de sortir de la comparaison avec notre propre enfance et d’adapter nos réponses en tant que parents.
Faut-il interdire les écrans aux enfants ?
Face aux inquiétudes liées aux écrans, la tentation est grande de vouloir tout interdire. Pourtant, pour Amélia Matar, cette approche n’est ni réaliste, ni efficace.
La réponse est claire : non, interdire les écrans n’est pas la solution.
« Je ne pense pas que l’interdiction soit opportune. »
Nous vivons dans une société hyperconnectée. Les écrans font partie du quotidien des adultes comme des enfants. Vouloir les bannir complètement reviendrait à nier cette réalité. Et cela risquerait surtout de couper le dialogue.
Car l’interdiction a un effet contre-productif. Elle empêche l’enfant de parler de ses usages. Elle rend les pratiques invisibles.
« Quand on est dans l’interdit, on ne peut pas se confier. »
À l’inverse, une posture d’accompagnement ouvre un espace d’échange. L’enfant peut poser des questions, partager ce qu’il voit, demander de l’aide en cas de problème. Le parent devient alors un repère, et non une figure de contrôle.
Cela suppose aussi de changer de regard. Plutôt que d’uniquement juger les contenus, il s’agit de s’y intéresser sincèrement.
« Je pense que c’est plus intéressant d’être dans une démarche de curiosité sur ce qu’ils consomment. »
Cette curiosité parentale envers les contenus numériques est essentielle :
Elle permet de comprendre les usages réels des enfants.
Elle crée du lien.
Et elle facilite la mise en place de règles acceptées.
Enfin, accompagner son enfant face aux écrans, c’est accepter la complexité. Tous les usages ne se valent pas. Certains sont passifs, d’autres créatifs. Certains enferment, d’autres ouvrent. Le rôle du parent est d’aider l’enfant à faire cette distinction.
Plutôt qu’interdire, il s’agit donc de guider, d’expliquer et de dialoguer. C’est dans cette relation que l’enfant pourra peu à peu développer son propre discernement.
© Kampus
Comment gérer les écrans avec son enfant au quotidien sans conflits ?
Il n’existe pas de méthode unique pour tous les enfants. En revanche, certains repères simples peuvent aider à instaurer un cadre plus serein à la maison. L’enjeu n’est pas de tout contrôler, mais d’accompagner progressivement l’enfant vers un usage plus équilibré.
Poser des règles adaptées à l’âge
Les besoins d’un enfant évoluent avec son développement. Les règles doivent donc s’ajuster au fil du temps.
Avant 3 ans, les recommandations sont très claires : pas d’écran, ou de manière très exceptionnelle. Amélia Matar nuance toutefois ce principe.
« Ce n’est pas grave s’il passe 15 minutes en visio avec mamie. »
Ce qui pose problème, c’est l’exposition régulière et prolongée.
Entre 3 et 6 ans, l’usage doit rester limité et accompagné. Le parent joue un rôle actif. Il commente, explique, échange avec l’enfant. Cela favorise le langage et la compréhension.
Entre 6 et 11 ans, il est essentiel de préserver un équilibre. Les écrans ne doivent pas prendre le dessus sur les autres activités.
« Les activités doivent continuer à être variées, diversifiées, pour un développement équilibré. »
Après 11 ans, la vigilance se déplace vers les réseaux sociaux. Les enfants y accèdent souvent plus tôt qu’autorisé. Cela nécessite un accompagnement renforcé et des règles claires.
Pour aider les parents à se repérer, le ministère de l’Éducation nationale propose des repères précis par âge dans le guide « Bien grandir avec les écrans »
S’intéresser aux usages plutôt qu’aux écrans
Tous les écrans ne se valent pas. Ce n’est pas l’outil qui pose problème, mais ce que l’enfant en fait.
Amélia Matar le rappelle :
« Sur un écran, on peut avoir mille activités différentes qui ne se valent pas du tout. »
Passer des heures à faire défiler des vidéos n’a pas le même impact que créer un projet, écouter un podcast ou apprendre quelque chose. Le rôle du parent est d’aider l’enfant à faire cette distinction. C’est l’éducation des enfants au numérique dont avait déjà parlé Amélia Matar dans un précédent épisode du podcast Les Adultes de Demain.
Cela suppose de développer son discernement. Il s’agit de l’aider à identifier ce qui lui fait du bien et ce qui l’enferme. Progressivement, l’enfant devient capable de faire ses propres choix.
Favoriser le dialogue plutôt que le contrôle
Le dialogue est la clé d’un usage apaisé des écrans. Sans lui, les règles deviennent sources de tensions.
Adopter une posture de curiosité change tout.
« Pourquoi tu l’aimes bien ce jeu ? »
Cette simple question ouvre la discussion. Elle montre à l’enfant que son univers intéresse le parent.
À l’inverse, le jugement ferme la communication. L’enfant se replie. Il cache ses pratiques. Cela rend l’accompagnement beaucoup plus difficile.
Créer un climat de confiance permet d’aller plus loin. L’enfant ose parler des contenus qui le dérangent. Il demande de l’aide en cas de problème. Et il accepte plus facilement les limites posées.
Gérer les écrans au quotidien ne repose donc pas uniquement sur des règles. Cela repose avant tout sur la qualité de la relation entre le parent et l’enfant.
Nous vous invitons à écouter David Dutarte qui évoque Jesper Juul et sa vision de la relation parent-enfant.
Comment réagir face à un enfant accro aux écrans ?
Lorsque l’usage des écrans devient excessif, de nombreux parents parlent d’addiction. Amélia Matar invite à nuancer ce terme. Elle préfère évoquer un « usage problématique », terme plus juste et moins stigmatisant.
Ce point est important. Il permet de ne pas enfermer l’enfant dans une étiquette. Et surtout, il invite à chercher ce qui se cache derrière ce comportement.
Car bien souvent, les écrans ne sont pas la cause du problème, mais un symptôme.
« Cet usage problématique, il peut parfois être le signe d’un mal-être, d’un trouble, d’un problème à l’école. »
Avant de vouloir réduire le temps d’écran, il est donc essentiel de comprendre ce que vit l’enfant. Difficultés scolaires, isolement, anxiété… Les écrans peuvent devenir un refuge.
Le rôle du parent est aussi de s’interroger sur son propre exemple. Les enfants observent beaucoup plus qu’on ne le pense. Si les adultes ont eux-mêmes du mal à se détacher de leur téléphone, le message devient difficile à transmettre.
Amélia Matar insiste sur ce point : il faut regarder le contexte global dans lequel évolue l’enfant, et notamment les pratiques familiales.
Enfin, un levier essentiel reste l’éducation. Comprendre comment fonctionnent les écrans permet de reprendre du pouvoir sur ses usages.
« Plus il y passe de temps, plus des personnes s’enrichissent et moins il se sent bien […] on rentre dans un cercle vicieux qui est bénéfique pour eux [les géants du numérique NDLR], très maléfique pour lui. »
Mettre des mots sur ces mécanismes aide l’enfant à prendre du recul. Il ne s’agit plus seulement d’obéir à une règle. Il comprend ce qui se joue.
De plus en plus de jeunes en prennent conscience et cherchent à se réguler. Cela montre que le dialogue et la compréhension restent les outils les plus efficaces.
Face à un usage excessif, la priorité n’est donc pas de sanctionner. C’est d’écouter, de comprendre et d’accompagner.
© Karola G
Le rôle essentiel des parents : montrer l’exemple
Comme dit précédemment, il est difficile de demander à un enfant de limiter les écrans si les adultes eux-mêmes ont du mal à le faire. L’exemplarité est un levier puissant. Elle donne du sens aux règles. Elle rend les attentes plus légitimes.
Amélia Matar le reconnaît sans détour : même en étant sensibilisée au sujet, il est facile de se laisser happer. Le quotidien, le travail, les sollicitations permanentes rendent la déconnexion difficile. L’objectif n’est donc pas d’être parfait, mais de prendre conscience de ses propres usages.
Cela peut passer par des actions simples. Par exemple :
instaurer des moments sans écran en famille ;
poser les téléphones dans une autre pièce ;
créer des temps dédiés aux échanges, aux jeux ou aux repas sans distraction.
Certaines initiatives sont faciles à mettre en place. Amélia Matar évoque notamment le principe de la « boîte à téléphone », inspiré du dispositif Croc’écran. Le principe est simple : chacun dépose son téléphone dans une boîte pendant un moment défini. Cela crée une pause collective.
D’autres outils peuvent aussi aider au quotidien. Un simple sticker collé sur le téléphone peut servir de rappel.
« As-tu vraiment besoin de… ? »
Cette question invite à prendre du recul avant d’ouvrir une application.
Il existe également des applications qui permettent de limiter l’accès à certaines plateformes. Elles imposent un temps d’attente ou bloquent l’usage après un certain seuil. Ces outils ne remplacent pas la réflexion, mais ils peuvent soutenir l’effort.
L’essentiel reste de montrer à l’enfant qu’il est possible de se réguler. Non pas en imposant des règles unilatérales, mais en les appliquant soi-même. C’est cette cohérence qui permet d’installer un cadre durable.
Les 3 fondamentaux pour accompagner son enfant face aux écrans
Au-delà des règles et des recommandations, Amélia Matar insiste sur trois piliers essentiels. Ils permettent d’adapter son accompagnement à chaque enfant, sans tomber dans des méthodes toutes faites.
Observer son enfant
Chaque enfant est différent. Il n’existe pas de solution universelle.
Observer son enfant permet de comprendre ses habitudes, ses réactions, ses besoins. Comment se comporte-t-il devant un écran ? Est-il apaisé ou agité ? Quels contenus l’attirent ? Quelle place occupent les écrans dans sa journée ?
Amélia Matar insiste sur ce point :
« Observer son enfant, je crois que c’est vraiment hyper utile […] pour apporter la bonne réponse à notre enfant qui n’est pas l’enfant d’à côté. »
Prendre ce temps d’observation permet d’ajuster les règles. Cela évite d’appliquer des principes trop généraux qui ne correspondent pas à la réalité de l’enfant.
Dialoguer régulièrement
Le dialogue est un fil rouge dans toute l’éducation au numérique. Il ne doit pas être ponctuel, mais régulier.
Cela suppose de créer des moments d’échange. Des moments calmes, sans écran, où l’enfant peut parler librement. Ces temps nourrissent la relation. Ils renforcent la confiance.
Amélia Matar rappelle l’importance de ce lien :
« Consacrons des temps […] à un dialogue sincère, déconnectés des écrans. »
Ce dialogue permet aussi d’aborder les difficultés. L’enfant peut exprimer ce qu’il vit, poser des questions, demander de l’aide. C’est une protection précieuse face aux dérives possibles.
Être exemplaire
C’est sans doute le point le plus difficile, mais aussi le plus déterminant, c’est pourquoi on le rappelle une nouvelle fois.
Les enfants observent en permanence les comportements des adultes. Ils apprennent beaucoup par imitation. Si les parents passent leur temps sur leur téléphone, les règles perdent en crédibilité.
Amélia Matar le souligne avec simplicité :
« La dernière chose […] c’est d’être exemplaire et donc […] de travailler sur soi. »
Être exemplaire ne signifie pas être irréprochable. Cela signifie montrer que l’on fait des efforts. Que l’on est capable de poser son téléphone. Que l’on accorde de la valeur aux moments partagés sans écran.
Ces trois fondamentaux — observer, dialoguer, être exemplaire — constituent une base solide. Ils permettent d’accompagner son enfant avec cohérence et bienveillance, dans un monde où les écrans sont devenus incontournables.
Écrans et enfants : pourquoi il faut aussi agir collectivement
Gérer les écrans ne repose pas uniquement sur les parents. C’est aussi un enjeu collectif. Car les usages numériques des enfants ne se construisent pas en vase clos. Ils dépendent largement du groupe auquel ils appartiennent.
À partir d’un certain âge, les enfants se comparent. Ils veulent faire comme les autres. Avoir les mêmes applications, jouer aux mêmes jeux, être présents sur les mêmes réseaux. Cela peut rapidement créer une pression sociale.
Amélia Matar alerte sur ce point : un enfant peut se retrouver mis à l’écart s’il n’a pas accès aux mêmes outils que ses pairs. Le risque d’exclusion est réel.
C’est pourquoi elle encourage les parents à échanger entre eux. À l’échelle d’une classe, d’un groupe d’amis ou d’un quartier, il est possible de définir des règles communes. Cela permet d’harmoniser les pratiques et de protéger les enfants sans les isoler.
« Les parents ont tout intérêt à essayer de créer des communautés […] pour déterminer au sein du groupe d’enfants des règles communes. »
Cette approche facilite aussi le quotidien. Les règles sont mieux acceptées lorsqu’elles sont partagées. L’enfant ne se sent pas seul face à des limites différentes de celles de ses amis.
Au-delà des familles, c’est toute la société qui est concernée. Écoles, institutions, pouvoirs publics… Tous ont un rôle à jouer pour accompagner les jeunes face aux écrans.
Amélia Matar insiste sur l’importance de l’éducation à grande échelle. Sensibiliser, informer, créer des espaces d’échange.
« Il faut que dans toutes les écoles, dans toutes les familles […] il puisse y avoir une éducation massive à ces sujets. »
Les écrans sont devenus un enjeu éducatif majeur. Y répondre efficacement suppose de sortir d’une approche individuelle pour construire des réponses collectives, plus cohérentes et plus protectrices pour les enfants.
©Yankrukov
FAQ – Écrans et enfants : les réponses aux questions des parents
Comment limiter les écrans sans créer de conflits ?
Le conflit naît souvent du contrôle ou de l’interdiction. Pour l’éviter, il est préférable d’expliquer les règles et de les construire avec l’enfant. Le dialogue est essentiel. S’intéresser à ses usages permet aussi de mieux comprendre ses besoins et de poser un cadre plus adapté.
Faut-il interdire les écrans à son enfant ?
Non. L’interdiction totale n’est ni réaliste ni efficace. Elle empêche le dialogue et pousse parfois l’enfant à contourner les règles. Mieux vaut accompagner, expliquer et aider l’enfant à développer son esprit critique face aux contenus. Attention toutefois, avant 3 ans, exceptée une visio avec des grands-parents de temps en temps, il est vivement recommandé d’éviter l’exposition aux écrans et de fortement la limiter entre 3 et 6 ans.
Quel temps d’écran selon l’âge ?
Les repères varient selon le développement de l’enfant. Avant 3 ans, il est recommandé d’éviter les écrans. Entre 3 et 6 ans, l’usage doit être limité et accompagné. Ensuite, l’objectif est de maintenir un équilibre avec d’autres activités. Des recommandations détaillées existent, notamment celles du ministère de l’Éducation nationale.
À quel âge donner un téléphone à son enfant ?
Les recommandations évoquent plutôt l’entrée au collège, autour de 11 ans. Dans la pratique, certains enfants en ont plus tôt. L’essentiel est d’adapter l’équipement à l’âge et à la maturité de l’enfant, et de poser un cadre clair dès le départ. Ainsi, vous pouvez équiper votre enfant d’un simple téléphone et non d’un smartphone. Ainsi, il pourra juste téléphoner et envoyer des SMS.
Que faire si mon enfant semble dépendant aux écrans ?
Il est important de ne pas se focaliser uniquement sur les écrans. Cet usage peut être le signe d’un mal-être ou d’une difficulté. Il faut prendre le temps d’échanger avec l’enfant, comprendre ce qu’il vit et, si nécessaire, se faire accompagner par un professionnel.
Références :
Les écrans, ça s’apprend, Amélia Matar, Vuibert, 2025
Stop aux fake news, Lise Pressac et Lina Fourneau, Magenta, 2026
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