“Génération d’intérieur” : comment aider nos enfants à bouger davantage ? avec Victor Fersing #262
De plus en plus de parents s’interrogent : que faire avec un enfant trop sédentaire ? Entre les longues heures passées assis à l’école, le temps devant les écrans et des environnements peu propices au mouvement, nos enfants bougent aujourd’hui beaucoup moins que les générations précédentes.
Dans cet épisode du podcast Les Adultes de Demain, Stéphanie d’Esclaibes reçoit Victor Fersing, co-auteur du livre La chaise tue. Ensemble, ils explorent les causes profondes de cette sédentarité croissante et ses conséquences, bien au-delà de la santé physique.
Victor Fersing évoque une « génération d’intérieur » : des enfants qui passent de plus en plus de temps enfermés, loin du mouvement, du jeu libre et du monde extérieur. Un phénomène dont les écrans ne sont qu’une partie du problème.
Alors, comment aider un enfant trop sédentaire à retrouver le goût du mouvement ? Quels leviers activer à la maison, à l’école et dans notre environnement quotidien ?
Enfant trop sédentaire : un phénomène en forte augmentation
Une humanité faite pour marcher… devenue immobile
La sédentarité des enfants ne peut pas se comprendre sans revenir à ce qui constitue profondément notre espèce. Comme l’explique Victor Fersing, la marche n’est pas une activité secondaire : elle est au cœur de notre évolution. Elle a permis à l’être humain de se déplacer, de survivre, de développer son cerveau et d’interagir avec son environnement.
Pendant des millions d’années, le mouvement était une nécessité. Mais en quelques décennies seulement, nos modes de vie ont radicalement changé. L’automatisation des déplacements, le confort des espaces intérieurs et la place croissante des technologies ont progressivement rendu la marche presque optionnelle.
Aujourd’hui, il est devenu possible de vivre, d’apprendre, de se divertir et même de socialiser sans presque bouger. Une rupture profonde avec notre fonctionnement naturel, qui n’est pas sans conséquences.
7 à 8 heures assis par jour : la « zone rouge » de la sédentarité
Ce basculement se traduit concrètement par une augmentation massive du temps passé assis. Victor Fersing le rappelle clairement :
« Aujourd'hui, au niveau de la sédentarité, par exemple, le Français passe en moyenne entre 7 et 8 heures par jour assis et c'est sans compter tous les déplacements où nos mouvements sont automatisés. »
Un chiffre préoccupant, d’autant plus qu’il correspond déjà à un seuil critique.
« entre 7 et 8 heures par jour assis, on est déjà dans la zone rouge de la sédentarité en fait. »
Cette réalité ne concerne pas uniquement les adultes. Les enfants, eux aussi, passent une grande partie de leur journée assis, notamment à l’école, mais aussi à la maison, devant des écrans ou lors d’activités peu engageantes physiquement.
Et contrairement à une idée reçue, pratiquer une activité sportive ponctuelle ne suffit pas toujours à compenser cette immobilité prolongée. Le corps a besoin de mouvement régulier, réparti tout au long de la journée.
Des capacités physiques en baisse chez les enfants
Les conséquences de cette sédentarité se mesurent déjà concrètement chez les jeunes générations. L’un des indicateurs les plus frappants concerne leurs capacités physiques, en nette diminution.
Victor Fersing partage un constat alarmant :
« en l'espace de 40 ans, les jeunes ont perdu 25% de leur capacité cardiovasculaire. »
Une évolution qui se traduit directement dans leurs performances :
« Donc en fait si par exemple, à l'époque ils couraient un 600 mètres en 3 minutes, maintenant c'est en 4 minutes. »
Ces chiffres ne sont pas uniquement liés aux écrans, mais à un ensemble de transformations de notre environnement. Moins de jeu libre, moins de déplacements actifs, moins d’exposition à des situations qui sollicitent le corps : tout concourt à réduire progressivement les capacités physiques des enfants.
Un signal fort qui invite à repenser en profondeur la place du mouvement dans leur quotidien.
« En l'espace de 40 ans, les jeunes ont perdu 25% de leur capacité cardiovasculaire », explique Victor Fersing - ©Mary Taylor
Qu’est-ce qu’un enfant « trop sédentaire » ?
La définition de la sédentarité selon Victor Fersing
À partir de quand peut-on dire qu’un enfant est trop sédentaire ?
Il n’existe pas de seuil universel strict, mais certains repères permettent de mieux comprendre la situation.
Victor Fersing propose une définition simple et concrète :
« on peut dire qu'on a un comportement sédentaire quand on passe plus de 8 heures par jour assis dans une position où, en fait, on dépense très peu d'énergie. »
Autrement dit, ce n’est pas seulement l’absence de sport qui pose problème, mais bien l’accumulation de longues périodes passées sans bouger, dans des positions passives.
Un enfant trop sédentaire est donc un enfant qui, au quotidien, passe une grande partie de son temps immobile : assis en classe, à table, devant un écran ou dans des activités qui sollicitent peu le corps.
Pourquoi le sport ne compense pas toujours l’inactivité ?
Face à ce constat, une idée revient souvent : inscrire son enfant à une activité sportive suffirait à rééquilibrer la situation. Pourtant, la réalité est plus nuancée.
Victor Fersing met en garde contre cette idée reçue :
« si on passe par exemple 10 heures par jour assis et que derrière on va faire du sport 3 fois par semaine, ça ne va pas forcément compenser les effets de la sédentarité. »
Le problème ne réside pas uniquement dans le manque d’exercice intense, mais dans l’absence de mouvement régulier. Le corps humain est conçu pour bouger fréquemment, tout au long de la journée.
Ainsi, un enfant peut faire du sport… et rester malgré tout trop sédentaire si le reste de son temps est majoritairement passé assis. L’enjeu est donc moins de « compenser » que de réintroduire du mouvement dans le quotidien.
La notion d’ « enfants d’intérieur »
Pour décrire cette évolution, une expression émerge : celle des « enfants d’intérieur ».
Comme l’explique Victor Fersing :
« le terme de génération d'intérieur, c'est un terme qui a été proposé dans un rapport récent du Haut Conseil de la Famille et en fait qui qualifie cette génération d'enfants qui passent tout simplement de plus en plus de temps à l'intérieur et de moins en moins de temps dans l'environnement extérieur dehors. » - Quelle place pour les enfants dans les espaces publics et la nature ? HCFEA - 2024
Cette transformation est loin d’être anodine. Elle modifie en profondeur les expériences vécues par les enfants :
moins de contact avec la nature ;
moins de mouvement spontané ;
moins d’interactions directes avec les autres.
Avec le temps, cela peut entraîner un véritable cercle vicieux.
« moins on interagit avec le monde extérieur […] plus il y a leur muscle social, on va dire, qui va s'atrophier. »
Certains enfants finissent même par se sentir plus à l’aise derrière un écran que dans une interaction en face à face, ce qui renforce encore leur tendance à rester à l’intérieur.
Comprendre cette notion est essentiel : un enfant trop sédentaire n’est pas seulement un enfant qui ne fait pas assez de sport, c’est souvent un enfant dont l’environnement limite, sans même qu’on s’en rende compte, les occasions de bouger.
D'une certaine manière, la première chose qu'on apprend à l'école, c'est de rester assis. Il ne faut pas bouger son corps - Victor Fersing ©Yan Krukov
Pourquoi nos enfants bougent-ils de moins en moins ?
Des environnements qui rendent le mouvement « dispensable »
Si les enfants bougent moins aujourd’hui, ce n’est pas uniquement une question de volonté individuelle. C’est avant tout le résultat d’environnements de vie profondément transformés.
Victor Fersing insiste sur ce point : au fil des décennies, nous avons construit des modes de vie dans lesquels le mouvement n’est plus nécessaire. Se déplacer, jouer, interagir… tout peut désormais se faire sans quitter son domicile, ni même se lever.
Il le résume ainsi :
« on crée des environnements de vie qui rendent la marche et l'activité physique de plus en plus dispensables. »
Livraisons à domicile, transports motorisés, confort omniprésent : autant d’éléments qui réduisent naturellement les occasions de bouger. Sans même en avoir conscience, les enfants grandissent dans des espaces qui favorisent l’immobilité.
Le rôle des écrans… mais pas seulement
Les écrans sont souvent désignés comme les principaux responsables de la sédentarité des enfants. S’ils jouent un rôle important, ils ne sont qu’une partie du problème.
Victor Fersing l’explique à partir de son expérience de terrain auprès des jeunes :
« l'addiction aux écrans chez les jeunes, l'une des conséquences principales, c'est la sédentarité. »
Mais il précise aussi que les écrans s’inscrivent dans un contexte plus large. Le véritable enjeu réside dans ce que les écrans remplacent :
le temps passé dehors ;
le jeu libre ;
les interactions physiques et sociales.
Aujourd’hui, certains enfants peuvent passer une grande partie de leur temps libre dans des activités entièrement numériques, sans contact avec le monde extérieur.
« il y a des jeunes qui peuvent passer l'intégralité de leur week-end à jouer par exemple aux jeux vidéo ou à scroller sur les réseaux sociaux dans des espaces intérieurs. »
Ce basculement modifie non seulement leur rapport au mouvement, mais aussi leur manière d’interagir avec les autres et avec leur environnement.
L’impact de l’école : des milliers d’heures assis
L’école joue également un rôle majeur dans cette sédentarité croissante. Dès le plus jeune âge, les enfants passent une grande partie de leur journée assis, souvent sans possibilité de bouger librement.
Victor Fersing partage un chiffre marquant :
« les écoliers français, en moyenne, passent environ 12 960 heures assis à l'école. »
Au-delà du temps passé assis, c’est aussi la norme implicite qui s’installe : apprendre, c’est rester immobile.
« d'une certaine manière, la première chose qu'on apprend à l'école, c'est de rester assis. Il ne faut pas bouger son corps. »
Cette approche entre en contradiction avec la manière dont les enfants apprennent naturellement, par le mouvement, l’exploration et le jeu. Elle contribue à ancrer des habitudes de sédentarité dès l’enfance.
Écoutez l'épisode avec Wandrille Marchais sur l'école idéale, comment repenser l'architecture scolaire.
Des villes moins adaptées aux enfants
Enfin, l’environnement urbain limite lui aussi les possibilités de mouvement. Les enfants disposent aujourd’hui de moins d’autonomie pour se déplacer, jouer ou explorer leur quartier.
La place prépondérante de la voiture a profondément transformé l’usage de l’espace public. Là où les rues étaient autrefois des lieux de vie et de jeu, elles sont devenues des zones perçues comme dangereuses, voire interdites aux enfants.
Victor Fersing rappelle que cette évolution n’a rien de naturel et qu’elle a progressivement éloigné les enfants de l’extérieur. Résultat : ils passent davantage de temps dans des espaces fermés, souvent sous surveillance, avec moins d’occasions de bouger librement.
Comme l’analyse également Thierry Paquot dans cet épisode consacré à la place des enfants dans la ville, cette transformation de l’espace public a profondément réduit la présence et la liberté des enfants dans nos villes.
Ce manque d’autonomie et d’accès à des espaces adaptés contribue directement à la sédentarité des enfants, en réduisant leurs possibilités de mouvement spontané au quotidien.
Les conséquences de la sédentarité chez les enfants
Santé physique : fatigue, baisse des capacités
La première conséquence de la sédentarité chez les enfants est évidemment physique. Moins de mouvement signifie un corps moins sollicité, moins entraîné et progressivement moins performant.
Comme évoqué précédemment, les capacités cardiovasculaires des enfants ont fortement diminué en quelques décennies. Mais au-delà des performances, c’est l’ensemble du fonctionnement du corps qui est impacté.
Le mouvement joue un rôle essentiel dans l’équilibre global de l’organisme. Il participe au développement musculaire, à l’endurance, mais aussi à des fonctions plus invisibles, comme la régulation de l’énergie ou la qualité du sommeil.
À l’inverse, une position assise prolongée, répétée jour après jour, installe une forme d’inertie physique qui peut se traduire par de la fatigue, une baisse de vitalité et un moindre engagement du corps dans les activités du quotidien.
Santé cognitive : moins de créativité, moins de concentration
La sédentarité ne touche pas uniquement le corps : elle impacte aussi directement les capacités cognitives des enfants.
Victor Fersing rappelle que le mouvement est étroitement lié au développement du cerveau :
« quand on marche, on sécrète une protéine qui s'appelle le BDNF, donc qui favorise le développement cognitif. »
Bouger, marcher, explorer son environnement stimule donc les fonctions cérébrales. À l’inverse, rester assis de manière prolongée limite ces stimulations.
Il observe également une différence dans les capacités créatives :
« les gens, justement, qui ont tendance à marcher, qui ont tendance à faire de l'activité physique, ça va être des personnes qui vont avoir par exemple plus de créativité par rapport à des gens qui restent assis toute la journée. »
Le mouvement permet de s’aérer l’esprit, de renouveler l’attention et de faciliter l’émergence de nouvelles idées. Sans ces moments actifs, les enfants peuvent avoir plus de difficultés à se concentrer, à apprendre et à mobiliser pleinement leurs ressources cognitives.
Santé sociale : isolement et interactions appauvries
Enfin, l’un des effets les plus préoccupants de la sédentarité concerne la vie sociale des enfants.
Moins un enfant bouge, moins il sort, et moins il interagit avec le monde extérieur. Cette dynamique peut progressivement conduire à un isolement.
Victor Fersing évoque une tendance plus large :
« aujourd'hui, un peu partout dans le monde, il y a une épidémie de solitude et qui est fortement liée justement à la crise de la sédentarité. »
Les interactions se déplacent alors vers les écrans, souvent de manière désincarnée et différée.
« cette manière d'interagir socialement […] elle est bien plus pauvre que l'interaction sociale incarnée. »
Or, les relations en face à face jouent un rôle essentiel dans le développement des compétences sociales : comprendre les émotions, s’adapter aux autres, construire des liens durables.
À terme, cette diminution des interactions réelles peut fragiliser la confiance en soi, les capacités relationnelles et le sentiment d’appartenance des enfants.
Si les écrans sont en partie en cause dans la trop grande sédentarité des enfants aujourd’hui, ils ne sont pas la seule explication de ce phénomène. ©Jonathan Borba
Le rôle essentiel du jeu libre dans le développement de l’enfant
Autonomie, compétences sociales, gestion des émotions
Le jeu libre occupe une place centrale dans le développement des enfants, bien au-delà du simple divertissement. C’est un espace d’apprentissage fondamental, souvent sous-estimé dans nos sociétés.
Victor Fersing s’appuie notamment sur les travaux du chercheur Peter Gray, spécialiste du sujet. Selon lui, le jeu remplit plusieurs fonctions essentielles dans la construction de l’enfant.
D’abord, il favorise l’autonomie. En jouant librement, les enfants inventent leurs propres règles, prennent des décisions et apprennent à gérer leurs actions. Ils expérimentent ainsi, concrètement, la responsabilité.
Le jeu est aussi un puissant vecteur de socialisation.
« en jouant, on se fait des amis mais aussi, en jouant, on apprend à réguler ses émotions. »
À travers les interactions, les conflits, les ajustements, les enfants développent des compétences relationnelles essentielles. Ils apprennent à coopérer, à négocier, mais aussi à maîtriser leurs réactions.
Victor Fersing illustre ce point avec un exemple simple :
« si je fais un jeu de lutte avec un autre enfant, je vais devoir apprendre à réguler ma force. Si je fais mal à un autre enfant, je vais peut-être le faire pleurer et donc là, je vais comprendre que mes actions ont des conséquences sur les autres. »
Le jeu devient ainsi un terrain d’apprentissage concret, où les émotions, le corps et les relations sont pleinement mobilisés.
Apprendre en mouvement : une nécessité naturelle
Le lien entre jeu et mouvement est indissociable. Contrairement aux apprentissages sédentaires, le jeu engage naturellement le corps et les sens.
Victor Fersing rappelle que, dans le monde du vivant, l’apprentissage passe d’abord par l’action :
« l'apprentissage, il est omniprésent dans l'évolution des mammifères […] c'est un apprentissage qui se fait en mouvement via du jeu. »
Observer les animaux permet de mieux comprendre cette réalité. Les jeunes explorent leur environnement, testent leurs capacités, répètent des gestes, développent leurs compétences… toujours en mouvement.
Chez l’enfant, le processus est similaire. Le jeu permet d’apprendre à courir, sauter, grimper, manipuler, s’orienter dans l’espace. Il sollicite également les sens, la coordination et la perception du monde.
C’est aussi par le jeu que les enfants développent des compétences d’adaptation.
« le jeu, ça permet, en fait, d'apprendre aussi à s'adapter à plein d'environnements différents. »
En limitant le jeu libre, on prive donc les enfants d’un levier naturel et essentiel de développement.
Pourquoi le jeu libre a autant diminué
Malgré ses bénéfices, le jeu libre a fortement reculé au fil des décennies.
Selon les observations relayées dans l’épisode, ce déclin remonte notamment aux années 50. À cette époque, les enfants disposaient de davantage de temps libre, passaient plus de temps dehors et évoluaient dans des environnements plus propices à l’exploration.
Progressivement, plusieurs facteurs ont contribué à réduire cet espace de liberté :
l’augmentation du temps scolaire ;
la structuration des activités ;
la place croissante des écrans ;
mais aussi la transformation des espaces urbains.
Aujourd’hui, les enfants jouent moins librement, dans des environnements souvent plus contrôlés, plus sécurisés… mais aussi plus limitants pour leur développement.
À l’inverse, certaines approches cherchent à recréer des espaces favorables au jeu libre, en s’inspirant davantage de la nature et de l’exploration. C’est notamment ce qui est présenté dans cet échange sur repenser les villes pour les familles, où l’on imagine des environnements laissant place à l’imaginaire : pentes, éléments naturels, cabanes à construire, plutôt que des structures figées.
Cette évolution n’est pas anodine. Elle s’inscrit directement dans la dynamique de sédentarité et participe à réduire les occasions naturelles de mouvement, d’expérimentation et d’interaction.
Redonner une place au jeu libre, c’est donc bien plus qu’encourager les enfants à s’amuser : c’est leur permettre de grandir pleinement, en mobilisant leur corps, leurs émotions et leurs compétences sociales.
Comment aider un enfant trop sédentaire à bouger davantage ?
Face à un enfant trop sédentaire, la solution ne repose pas sur un changement radical, mais sur une multitude d’ajustements simples, intégrés dans le quotidien. L’objectif n’est pas de “faire plus de sport”, mais de remettre du mouvement partout, régulièrement.
Voici des leviers concrets à activer.
1 - Montrer l’exemple en tant que parent
Le premier levier est souvent le plus évident… et le plus puissant : l’exemple.
Victor Fersing le souligne : les enfants reproduisent les comportements qu’ils observent.
Adopter soi-même des habitudes plus actives permet de transmettre naturellement l’envie de bouger.
« je dirais pour les parents […] de montrer l'exemple. Donc, c'est-à-dire de commencer soi-même, justement, à réincorporer du mouvement tout au long de notre quotidien. »
Cela peut passer par des gestes simples : marcher davantage, éviter de rester assis trop longtemps, privilégier des activités actives en famille.
2 - Intégrer du mouvement dans le quotidien (balades, escaliers…)
Plutôt que de réserver l’activité physique à des moments spécifiques, l’enjeu est de la diffuser dans la journée.
Victor Fersing propose notamment de créer des rituels :
« à chaque fois que je mange, après déjeuner ou après dîner, une balade digestive et puis petit à petit, on peut emmener les enfants et en faire, commencer à en faire un rituel. »
D’autres habitudes peuvent être mises en place :
privilégier les escaliers
marcher pour les petits trajets
proposer des sorties régulières
Ces actions, simples en apparence, permettent d’augmenter significativement le niveau d’activité sans bouleverser l’organisation familiale.
3 - Multiplier les micro-mouvements
L’un des points essentiels soulevés dans l’épisode est l’importance des mouvements réguliers, même de faible intensité.
« pas du tout aussi négliger tous les micro-mouvements du quotidien. »
Faire le ménage, bouger, se lever, s’étirer… toutes ces actions participent à maintenir le corps actif.
Victor Fersing insiste aussi sur la régularité :
« tous ces mouvements qui s'accumulent, c'est extrêmement bénéfique. »
C’est cette accumulation qui fait la différence, bien plus qu’un effort ponctuel.
4 - Réaménager son intérieur (moins de confort, plus d’activité)
L’environnement joue un rôle déterminant dans les comportements. Un intérieur trop confortable peut encourager la sédentarité sans même que l’on s’en rende compte.
Victor Fersing rappelle cette interaction essentielle :
« l'être humain façonne l'environnement dans lequel il vit, et en retour, l'environnement dans lequel on vit nous façonne. »
Quelques ajustements peuvent faire une réelle différence :
limiter le nombre d’écrans ;
réduire les assises trop confortables ;
introduire du matériel favorisant le mouvement (tapis, ballon…) ;
varier les positions (assis, debout).
Il donne un exemple concret :
« j'ai nettoyé une étagère […] ça me permet de varier les positions de mon corps chez moi. »
L’idée n’est pas de supprimer le confort, mais d’éviter qu’il devienne la norme permanente.
5 - Encourager le mouvement à l’école et à l’extérieur
Enfin, il est essentiel d’élargir la réflexion au-delà du cadre familial. Le mouvement doit aussi trouver sa place à l’école et dans les espaces extérieurs.
Certaines initiatives montrent qu’il est possible d’agir simplement. Par exemple :
« chaque jour, il faut minimum que les élèves se dépensent pendant 15 minutes. »
Au-delà des dispositifs formels, encourager les enfants à sortir, à jouer dehors, à explorer leur environnement reste fondamental.
Favoriser le mouvement, c’est aussi redonner aux enfants du temps, de l’espace et de la liberté pour bouger naturellement.
Quelle place accordons-nous aux enfants dans la ville pour favoriser leur mouvement, leur jeu libre ? ©Allan Mas
Repenser les environnements pour sortir de la “génération d’intérieur”
Des espaces intérieurs qui favorisent le mouvement
Si l’on souhaite vraiment lutter contre la sédentarité des enfants, il ne suffit pas d’agir sur les comportements : il faut aussi transformer les espaces dans lesquels ils évoluent.
Victor Fersing insiste sur ce point central : nos environnements influencent directement nos habitudes. Un intérieur conçu autour du confort et de l’immobilité encourage naturellement des comportements sédentaires.
« si on vit dans un appartement […] avec plein d'écrans partout, et bien dans ce cas-là, on va avoir tendance à adopter des comportements sédentaires. »
Repenser l’espace domestique, c’est donc créer des conditions favorables au mouvement : varier les postures, introduire des objets qui sollicitent le corps, limiter les éléments qui incitent à rester passif.
L’enjeu n’est pas de transformer son logement en salle de sport, mais de faire en sorte que le mouvement redevienne une évidence dans le quotidien.
Des écoles plus actives
L’école, où les enfants passent une grande partie de leur temps, constitue un levier majeur pour réintroduire du mouvement.
Certaines initiatives montrent qu’il est possible d’agir simplement, sans bouleverser complètement les systèmes éducatifs. Victor Fersing cite notamment un programme mis en place dans plusieurs pays :
« chaque jour, il faut minimum que les élèves se dépensent pendant 15 minutes. »
Ces temps d’activité, en complément des cours classiques, permettent de rompre les longues périodes assises et de remettre le corps en mouvement.
D’autres approches vont encore plus loin, en repensant la manière même d’apprendre. Certaines écoles proposent par exemple des activités pédagogiques en extérieur, où les enfants apprennent en marchant, en explorant et en mobilisant leurs sens.
Ces modèles restent encore minoritaires, mais ils ouvrent des perspectives intéressantes pour reconnecter apprentissage et mouvement.
Des villes à hauteur d’enfant
Au-delà de la maison et de l’école, l’environnement urbain joue un rôle déterminant dans la place laissée au mouvement.
Victor Fersing évoque une idée forte : une ville en bonne santé est une ville où les enfants sont visibles, actifs, présents dans l’espace public.
Pour répondre à cet enjeu, certaines initiatives proposent de repenser la ville à hauteur d’enfant, en redonnant une place centrale à leurs besoins, à leur autonomie et à leur capacité à se déplacer librement. C’est notamment ce qui a été exploré dans cet épisode consacré à la ville à hauteur d’enfants à Lyon.
L’objectif est simple : permettre aux enfants de retrouver des espaces où ils peuvent bouger librement, explorer, jouer et interagir.
Et si le vrai enjeu n’était pas les écrans… mais nos modes de vie ?
Au fil de cet échange, une idée se dessine clairement : la sédentarité des enfants ne peut pas être réduite à une simple question d’écrans.
Bien sûr, le numérique joue un rôle. Mais il s’inscrit dans un ensemble plus large : des environnements, des rythmes de vie et des habitudes qui rendent le mouvement de moins en moins naturel.
Victor Fersing le rappelle avec justesse : il ne s’agit pas de culpabiliser individuellement les parents ou les enfants.
« c'est un problème qui est d'abord collectif et donc ça touche à nos environnements de vie. »
Autrement dit, pour aider un enfant trop sédentaire, les efforts individuels sont utiles… mais ils ne suffiront pas à eux seuls. C’est toute une réflexion à mener sur la place que nous accordons au corps, au mouvement et à l’extérieur dans nos vies.
Redonner une place centrale au mouvement, ce n’est pas seulement une question de santé physique. C’est aussi permettre aux enfants :
de mieux penser ;
de mieux ressentir ;
de mieux interagir avec les autres et avec le monde.
Et peut-être, surtout, de retrouver une forme de lien essentiel avec ce qui les entoure.
Victor Fersing conclut avec une invitation simple et puissante :
« de garder leur pouvoir d'émerveillement et de fascination face au monde. »
Dans un quotidien de plus en plus tourné vers l’intérieur, le mouvement devient alors bien plus qu’une activité : il redevient une manière d’habiter pleinement le monde.
Référence :
La chaise tue, Victor Fersing, Alexandre Dana, Eyrolles, 2025
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