Comment profiter de ses enfants quand nos vies nous épuisent ? avec Audrey Jougla #275
Aimer passer du temps avec ses enfants ne suffit pas toujours à nous rendre disponibles pour eux. Entre les journées de travail, les horaires, la fatigue, les contraintes du quotidien et cette impression de devoir toujours mieux faire, réussir à profiter de ses enfants n'a peut-être jamais semblé aussi difficile.
Les parents d'aujourd'hui n'ont jamais eu accès à autant d'informations sur les besoins des enfants. Ils savent l'importance des premières années, du lien, du jeu, du temps passé ensemble. Dans le même temps, ils évoluent dans une société qui leur demande de travailler comme avant, de tout concilier et de rester constamment vigilants : alimentation, écrans, modes de garde, sécurité, développement… Jusqu'à parfois ne plus avoir l'énergie ou la disponibilité nécessaires pour simplement être avec leurs enfants.
C'est tout le paradoxe qu'explore Audrey Jougla, professeure de philosophie et autrice de La maternité joyeuse, au micro du podcast Les Adultes de Demain. Non pour nier les renoncements, la fatigue ou les difficultés de la maternité — elle les raconte au contraire sans détour — mais pour poser une autre question : à force de parler de tout ce que les enfants nous coûtent, n'avons-nous pas oublié de parler de tout ce qu'ils nous apportent ?
Et si profiter de ses enfants ne consistait pas à réussir une parentalité parfaite, mais à accepter que ce temps de la vie bouleverse nos priorités — et à retrouver la valeur de ces petites choses qui ne sont ni productives ni spectaculaires ?
Pourquoi est-il devenu si difficile de profiter de ses enfants ?
Nous savons que le temps de l’enfance est court. Pourtant, cela ne suffit pas toujours à nous rendre disponibles pour le savourer. Entre les journées de travail, les trajets, les tâches domestiques et la fatigue qui s’accumule, les temps partagés en famille peuvent finir par ressembler à une nouvelle course contre la montre. Il faut récupérer les enfants, préparer le repas, superviser les devoirs, gérer les bains et les couchers… avant de recommencer le lendemain.
Cette inadéquation entre le rythme des adultes et celui des enfants était déjà au cœur de notre échange avec Kenza Occansey consacré au rythme de l’enfant : les journées des plus jeunes sont encore largement organisées autour des contraintes des adultes.
Audrey Jougla en a fait l’expérience de manière particulièrement brutale à la naissance de sa première fille. Installée à la campagne tandis que son conjoint était reparti travailler à Paris pendant la semaine, elle s’est retrouvée seule pour assurer les journées et les nuits auprès d’un bébé de quelques semaines. À la fatigue s’est ajouté un sentiment d’isolement auquel elle ne s’attendait pas.
« C’était extrêmement difficile parce que la solitude et la fatigue combinées sont redoutables. » - Audrey Jougla
Cette expérience personnelle dit aussi quelque chose de l’évolution de nos modèles familiaux. Les grands-parents ou les proches vivent parfois loin, les familles sont plus dispersées et les jeunes parents peuvent se retrouver seuls face à un quotidien qui nécessiterait pourtant du relais. Audrey Jougla raconte ainsi avoir réalisé, à la naissance de son premier enfant, que les derniers bébés qu’elle avait véritablement côtoyés étaient ceux qu’elle gardait adolescente. Elle évoque des « familles nucléaires qui sont assez isolées » et un « éclatement géographique des familles ».
Maxime Sbaihi avait d'ailleurs évoqué ce facteur de l'isolement des parents comme cause d'une baisse de la natalité en France.
Les enfants eux-mêmes occupent par ailleurs une place différente dans notre environnement quotidien. Espaces réservés aux familles d’un côté, lieux pensés pour les adultes de l’autre : Audrey Jougla observe une forme de séparation progressive des usages et des espaces comme nous l'avons évoqué dans les épisodes sur la tendance No Kids et la notion d'adultisme. Une réflexion qui rejoint celle que nous avions menée sur une société dans laquelle les enfants semblent parfois déranger.
La difficulté à profiter de ses enfants ne relève donc pas uniquement d’une question de volonté ou d’organisation personnelle. Pour être réellement présent avec un enfant, encore faut-il disposer d’un minimum de temps, d’énergie et de disponibilité mentale. Et lorsque ces ressources viennent à manquer, la joie peut devenir plus difficile à percevoir.
C’est notamment ce qui explique que les recherches autour de la difficulté à profiter de ses enfants conduisent souvent à la question de l’épuisement parental. Sans nécessairement parler de burn-out parental, il existe tout un continuum entre la fatigue ordinaire inhérente à la vie de famille et un épuisement plus profond.
Audrey Jougla pointe une réalité très simple : après une journée de travail, les transports et toutes les contraintes qui les accompagnent, il est difficile d’être ensuite pleinement disponible pour ses enfants.
« Parfois, on a l’impression qu’il y a des parents exaspérés qui crient sur des enfants exaspérés et tout le monde est exaspéré, en fait. Parce que le rythme de vie fait qu’on ne peut pas tout concilier. » - Audrey Jougla
Ce constat est important parce qu’il évite de transformer le manque de disponibilité en une nouvelle source de culpabilité. Un parent épuisé qui n’arrive plus à jouer, écouter ou s’émerveiller avec son enfant n’est pas nécessairement un parent qui ne sait pas « profiter ». La disponibilité émotionnelle ne se décrète pas lorsque toutes nos ressources sont déjà mobilisées ailleurs.
Et le paradoxe est d’autant plus fort que nous n’avons probablement jamais autant su combien la présence des adultes compte durant les premières années de la vie. Nous demandons donc aux parents d’être disponibles, attentifs et impliqués auprès de leurs enfants, tout en organisant encore largement leur quotidien autour d’autres impératifs.
C’est là qu’apparaît une autre forme de fatigue, moins visible, mais omniprésente dans le quotidien de nombreux parents : celle qui consiste non seulement à prendre soin de son enfant, mais à devoir sans cesse anticiper tout ce qui pourrait lui nuire. C’est ce qu’Audrey Jougla appelle la « fatigue préventionnelle ».
La maternité joyeuse d’Audrey Jougla, aux éditions Stock
La « fatigue préventionnelle » : quand vouloir bien faire devient épuisant
À la fatigue physique et au manque de temps s’ajoute aujourd’hui une autre forme d’épuisement : celle de devoir rester constamment vigilant. Audrey Jougla parle de « fatigue préventionnelle » pour désigner cette attention permanente que les parents portent à tout ce qui pourrait affecter leurs enfants.
Que contiennent les aliments qu’on leur donne ? Combien de temps passent-ils devant les écrans ? Les programmes qu’ils regardent sont-ils adaptés ? Dorment-ils suffisamment ? Passent-ils assez de temps dehors ? Peut-on faire confiance au mode de garde, à l’école, au périscolaire ? À mesure que les connaissances progressent et que les alertes se multiplient, prendre soin de son enfant signifie aussi anticiper toujours davantage.
« On a l’impression, en fait, que tous nos radars doivent être tout le temps allumés et qu’on peut presque plus faire confiance à rien. » - Stéphanie d’Esclaibes
Le paradoxe est saisissant. D'autant que comme le souligne Audey Jougla :
« Il s'agit vraiment d'une société qui n'est pas aidante dans l'horizon éducatif qu'on veut donner. »
Les parents doivent constamment fournir des efforts de vigilance et de prévention : limiter les produits ultra-transformés, veiller à ce que les enfants passent suffisamment de temps dehors ou encore résister aux multiples sollicitations qui leur sont adressées.
Un paradoxe d’autant plus difficile à accepter pour Audrey Jougla que certains produits spécifiquement destinés aux enfants vont à l’encontre de ces préoccupations parentales. Elle pointe notamment des aliments particulièrement riches en sucre et des dessins animés qu’elle juge très agressifs visuellement ou dans leur rythme.
Autant de petites décisions qui, prises isolément, peuvent sembler anodines mais qui, accumulées jour après jour, demandent aux parents une vigilance considérable.
« On veut bien faire, on veut s’impliquer et en même temps, on est perfusés aux tentations et aux chemins qui ne sont pas bénéfiques. » - Audrey Jougla
Cette fatigue préventionnelle rejoint en partie une autre pression que nous avions explorée avec le syndrome du Wonderparent : celle de devoir réussir simultanément sa vie familiale, professionnelle, conjugale et personnelle. Mais il ne s’agit pas seulement ici de chercher à devenir un parent parfait. Même lorsqu’il renonce à la perfection, le parent reste responsable d’une multitude de choix et d’arbitrages quotidiens.
Et tous les parents ne disposent pas des mêmes ressources pour les effectuer. Audrey Jougla insiste également sur cette inégalité : choisir certains aliments, limiter les écrans, multiplier les sorties dans la nature, trouver un mode de garde auquel on fait confiance ou simplement disposer du temps nécessaire pour s’informer suppose des conditions matérielles, sociales et familiales qui ne sont pas identiques pour tous. Johanna Luyssen, qui a élevé un enfant seul, en a témoigné dans l'épisode sur l'urgence des mères solos.
La question ne peut donc pas reposer uniquement sur les épaules des familles. Si nous considérons collectivement que les premières années de l’enfant sont essentielles, comment créer les conditions permettant réellement aux parents de leur accorder du temps et de l’attention ?
Car à force de vouloir tout prévenir, tout anticiper et faire les meilleurs choix possibles, un risque apparaît : consacrer tellement d’énergie à bien faire avec ses enfants qu’il en reste parfois moins pour simplement être avec eux.
Et si profiter de ses enfants supposait d’accepter de ne pas tout concilier ?
Et si une partie de notre épuisement venait aussi de cette promesse : celle qu’il serait possible de tout concilier ? Une carrière épanouissante, du temps avec ses enfants, une vie de couple, des loisirs, des engagements personnels… à condition d’être suffisamment organisé.
Audrey Jougla défend une position moins confortable, mais peut-être plus réaliste : devenir parent implique de faire des choix et, parfois, de renoncer. Non pas parce que la parentalité serait incompatible avec l’épanouissement personnel ou professionnel, mais parce que nos journées ont une durée limitée et que nous ne pouvons pas être partout à la fois.
Pour les femmes, ces arbitrages prennent une dimension particulière. Les années consacrées aux grossesses et aux jeunes enfants coïncident souvent avec une période décisive de leur vie professionnelle. Audrey Jougla le souligne sans chercher à minimiser ce que ces choix peuvent coûter :
« On renonce à beaucoup de choses, surtout quand on est une femme. […] Et puis, tout arrive au même moment. C'est-à-dire qu'en fait, l'âge des enfants arrive au moment où on devrait être à l'apogée de la carrière. » - Audrey Jougla
Reconnaître ces renoncements ne signifie pourtant pas considérer les enfants comme responsables de tout ce qui aurait pu être vécu autrement. Pour Audrey Jougla, il s’agit plutôt de sortir du fantasme d’une conciliation parfaite : arbitrer, c’est aussi décider de ce qui compte pour soi à un moment donné de son existence.
Son propre rapport à la maternité a d’ailleurs évolué entre ses deux filles. Avec la seconde, faute de mode de garde, elle prend finalement deux années de congé parental. Une situation qui l’effraie d’abord avant qu’elle ne commence à la regarder autrement : non plus seulement à travers ce qu’elle perd professionnellement, mais aussi à travers ce qu’elle peut vivre pendant cette période.
Ce changement de perspective passe notamment par une remise en question de notre rapport au temps productif. Audrey Jougla raconte avoir dû cesser de mesurer ces mois passés auprès de son bébé à l’aune de ce qu’elle n’accomplissait pas professionnellement :
« Il faut arrêter de penser au temps productif ou à ce que je ne fais pas parce que les enfants, parce que le bébé, parce que le congé parental, sinon, c'est malsain, en fait. » - Audrey Jougla
Il ne s’agit évidemment pas d’ériger le congé parental en modèle, encore moins de nier que de nombreux parents n’ont tout simplement pas la possibilité de réduire ou d’interrompre leur activité. Audrey Jougla insiste elle-même sur cette absence de choix pour certaines familles. Son expérience pose plutôt une question : pourquoi avons-nous tant de facilité à reconnaître la valeur d’un temps consacré au travail et tant de mal à reconnaître celle d’un temps consacré aux enfants ?
Car ces années ne sont pas seulement du temps soustrait à autre chose. Elles constituent aussi une période de vie à part entière. Une période qui peut sembler interminable lorsque les nuits sont courtes et les journées répétitives, mais qui ne dure pas.
Audrey Jougla invite ainsi à passer du renoncement à la conciliation, puis à une forme d’acceptation : certaines choses appartiennent à différentes périodes de notre existence. Devenir parent transforme nécessairement l’équilibre précédent, sans pour autant signifier que tout ce qui a été mis de côté l’est définitivement.
« Les enfants sont là. Ils ne seront pas là tout le temps. […] C'est un temps donné qui semble parfois immensément long pour les journées avec un bébé. C'est très dur. Mais c'est un temps qui file. » - Audrey Jougla
C’est peut-être aussi ce qui permet de regarder autrement ce que la parentalité nous demande. Non pas nier ce qu’elle coûte, mais redonner de la valeur à ce que ce temps nous apporte.
« Il y a ce qui coûte et il y a ce qui compte. Et parfois, c'est la même chose. » — Audrey Jougla
Reste alors une question : lorsque l’on cesse de mesurer le temps passé avec ses enfants à ce qu’il nous empêche de produire, qu’est-ce qui lui donne sa valeur ? C’est peut-être justement dans les moments les moins spectaculaires que se trouve une partie de la réponse.
Retrouver la joie dans les petites choses plutôt que chercher une parentalité idéale
« La beauté de la maternité n'a rien de spectaculaire. Elle se glisse avec modestie dans les interstices des petites choses. »
Cette phrase d’Audrey Jougla résume peut-être le mieux ce qu’elle entend par maternité joyeuse. Une maternité qui ne serait ni parfaite ni débarrassée de la fatigue, des sacrifices ou des moments de découragement. La joie dont elle parle n’est pas le contraire de la difficulté : elle peut exister avec elle.
Le début de son livre en est presque une démonstration. Alors qu’elle l’intitule La maternité joyeuse, Audrey Jougla baptise sa première partie « Verdun ». Elle y raconte combien l’arrivée de sa première fille l’a désarçonnée, entre les nuits sans sommeil, les pleurs et la solitude. Une façon aussi de se tenir à distance d’une représentation idéalisée de la maternité.
« On s'attend peut-être à une maternité joyeuse dès le début, féérique. Non, c'est pas du tout ça, en fait. C'est beaucoup plus complexe que ça. Et c'est beaucoup plus intéressant aussi. » - Audrey Jougla
Célébrer ce que la maternité peut avoir de joyeux ne revient donc pas à réhabiliter une nouvelle image de la « bonne mère », qui devrait cette fois se montrer reconnaissante et heureuse en toutes circonstances. Ce serait simplement remplacer une injonction par une autre. Audrey Jougla propose plutôt de redonner une place à ce que les difficultés et les renoncements ont parfois fini par masquer dans nos discours sur la parentalité : le plaisir d’être avec les enfants et ce qu’ils nous permettent de redécouvrir.
Cette joie se joue rarement dans les grands événements. Elle apparaît dans le lien qui se construit à force de temps passé ensemble : lire des histoires, chanter des comptines, sortir, observer son bébé et découvrir peu à peu sa personnalité. Audrey Jougla raconte notamment son étonnement devant la capacité d’observation et l’humour très précoce des tout-petits :
« Ils font des blagues de bébés. C'est quand même génial. »
Avec des enfants plus grands, ce sont parfois les jeux les plus ordinaires qui deviennent mémorables. Jouer aux petites voitures ou aux figurines peut sembler peu enthousiasmant lorsque l’on est fatigué. Pourtant, Audrey raconte ces moments où elle décide de véritablement entrer dans le jeu, invente des histoires, des voix, des bruitages, et finit par rire avec ses filles.
Ou encore ces moments où un enfant peut s’occuper avec presque rien : « un bâton et une limace », puis un escargot. Ce qui semble insignifiant à l’adulte suffit à provoquer sa curiosité et son émerveillement. Pour Audrey Jougla, vivre auprès des enfants nous confronte ainsi à tout ce que nous avons progressivement cessé de regarder.
Profiter de ses enfants ne signifierait alors pas nécessairement faire plus avec eux. Il ne s’agit pas d’ajouter davantage de sorties, d’activités ou de « moments de qualité » à un emploi du temps familial déjà saturé. Cela peut aussi consister à retrouver suffisamment de disponibilité pour :
entrer dans leur monde ;
observer ce qui les intéresse ;
jouer réellement quelques instants avec eux ;
partager leur émerveillement.
Et peut-être est-ce là tout le paradoxe : alors que nous cherchons souvent à optimiser le temps passé avec nos enfants, sa valeur réside aussi dans tout ce qu’il a d’improductif et d’ordinaire.
Cette période n’est pourtant pas immobile. Le tout-petit qui réclame constamment la présence de ses parents grandit, gagne en autonomie et s’éloigne progressivement. Audrey Jougla le rappelle sans chercher à transformer ce constat en une nouvelle culpabilisation : le temps de l’enfance est précieux parce qu’il est, comme toutes les périodes de la vie, limité.
Profiter de ses enfants ne consiste donc peut-être pas à réussir à aimer chaque minute passée avec eux. C’est accepter que la fatigue, l’agacement ou les renoncements puissent coexister avec une joie plus discrète, celle qui surgit parfois au milieu d’une histoire racontée pour la centième fois, d’un fou rire autour de quelques figurines ou d’un enfant fasciné par un escargot.
Une joie qui n’a effectivement rien de spectaculaire, mais qui donne à ce temps toute sa valeur.
© Sarah Chai
FAQ - Comment profiter de ses enfants quand on est épuisé ?
Pourquoi suis-je trop fatigué pour profiter de mes enfants ?
La fatigue parentale ne vient pas seulement du manque de sommeil. Elle peut être physique, mentale et émotionnelle, nourrie par le travail, les tâches du quotidien, la fameuse charge mentale, le manque de relais ou encore la vigilance permanente que demande l’éducation des enfants. Lorsque toutes ces contraintes s’accumulent, il reste parfois peu de disponibilité pour jouer, écouter ou simplement être présent. Ne plus parvenir à profiter de certains moments avec ses enfants ne signifie donc pas qu’on les aime moins.
Comment profiter de ses enfants quand on est épuisé ?
Il ne s’agit surtout pas de transformer le fait de « profiter de ses enfants » en une nouvelle mission à accomplir. Lorsque c’est possible, alléger certaines exigences, accepter de ne pas tout faire et trouver du relais peut permettre de retrouver un peu de disponibilité. Et les moments partagés n’ont pas besoin d’être extraordinaires : lire une histoire, jouer quelques minutes, sortir ou rire ensemble peuvent suffire. Comme le rappelle Audrey Jougla, la joie se trouve souvent dans les petites choses du quotidien.
Peut-on aimer ses enfants et regretter sa vie d’avant ?
Oui, les deux sentiments ne sont pas incompatibles. Devenir parent transforme profondément le quotidien et fait disparaître, au moins pour un temps, une part de la liberté que l’on connaissait auparavant. Audrey Jougla raconte elle-même la nostalgie de certaines choses qu’elle ne peut plus faire et la nécessité d’accepter que la vie soit faite de périodes différentes : certaines choses disparaissent tandis que d’autres arrivent.
Comment arrêter de culpabiliser de ne pas assez profiter de ses enfants ?
Commencer peut-être par ne pas faire de la phrase « Profite, ça passe tellement vite ! » une injonction supplémentaire. Il est difficile de savourer chaque instant lorsque l’on manque de sommeil, de temps ou de soutien. Les conditions dans lesquelles les parents élèvent leurs enfants comptent aussi. Profiter de ses enfants ne signifie pas être heureux et disponible en permanence, mais pouvoir reconnaître et accueillir les moments de joie lorsqu’ils se présentent.
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