Paternité joyeuse, le plaisir d’être père avec Guigui Pop
Humoriste, auteur, chroniqueur, ancien batteur ou encore DJ, Guigui Pop aime changer de terrain de jeu. Depuis deux ans, un rôle occupe pourtant une place toute particulière dans sa vie et dans ses contenus : celui de père. Sur les réseaux sociaux, il raconte son quotidien avec son fils avec un humour tendre, où l’enfant n’est jamais la cible de la blague.
Dans cet épisode de la série « De l’enfant aux parents », Guigui Pop revient sur son enfance heureuse, l’éducation reçue de ses parents, son long parcours de PMA et la naissance de son fils. Il raconte surtout une paternité joyeuse, faite d’enthousiasme, d’émerveillement, de remises en question et d’une envie : laisser son enfant découvrir le monde sans lui faire porter trop tôt les normes et les inquiétudes des adultes.
NB : Cet article est un extrait reconstitué de l'interview. Seule l'écoute de l'épisode vous permettra d'avoir l'intégralité de l'échange.
Quel enfant étais-tu Guigui Pop ?
« J’ai toujours été le petit marrant de la famille. Ma mère me disait souvent que j’étais le farfelu de la bande. J’étais celui à qui on laissait faire les blagues à table.
J’étais plutôt un enfant qui créait. Je restais dans ma chambre à jouer à mes G.I. Joe pendant des heures, je créais des sortes de scènes. Je faisais des mises en scène où j’invitais mes parents à regarder un spectacle avec des lampes torches. Je dessinais beaucoup aussi.
Et l’humour est venu très tôt. Dès le CE1, j’étais fan des Inconnus et je faisais leurs sketchs devant ma classe avec deux autres gars. À l’adolescence, ma défense, ça a vraiment été les vannes. Je faisais des blagues tout le temps.
J’ai aussi un grand frère qui a 16 ans de plus et qui a beaucoup été un modèle. C’est lui qui m’a initié au hard rock, au metal, au punk. Il était très marrant aussi. Je pense qu’il m’a insufflé ce côté : rien n’est vraiment grave, on va se marrer, on fera des blagues. »
Comment décrirais-tu l’enfance que tu as eue ?
« J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont tout donné pour leurs enfants. Mon père a pris les services de nuit pour s’occuper de nous, pour qu’on n’aille pas à la cantine et qu’on déjeune à la maison.
Dès que j’avais une nouvelle passion, ils faisaient tout pour que je puisse la vivre. Quand j’ai voulu essayer la batterie, ils ont tout fait pour que j’aie une batterie, ils ont aménagé la cave. On n’était pas une famille aisée, pas du tout. C’était vraiment la classe moyenne qui vit en HLM, mais ils se sont démenés pour que leurs enfants aient la belle vie.
Ils nous emmenaient au cinéma, au musée, ils nous faisaient voir des choses. J’avais vraiment beaucoup le droit de jouer. J’ai eu une enfance hyper heureuse. Les vacances, les week-ends en Creuse avec mes meilleurs amis… L’enfance, c’était parfait pour moi. »
Bobby, la paternité heureuse de Guigui Pop aux éditions JC Lattès, 7 octobre 2026
Par rapport à l’éducation que tu as reçue, qu’as-tu choisi de faire différemment avec ton fils ?
« Il y a déjà eu un saut énorme entre l’éducation de mon père et celle qu’il m’a donnée. Mon grand-père ne savait pas lire, c’était une famille très prolo, une famille de l’époque qui mettait des torgnoles. Mes parents ont fait un saut en avant en disant : on ne va pas faire ça.
Mais mon père a gardé certaines choses. À partir de l’adolescence, il s’est beaucoup mis en colère et il y a des principes que je trouve à l’ancienne de fou.
J’ai aussi été élevé avec ce poids social de : “attention, il faut absolument que tu aies le bac, que tu fasses quelque chose, sinon tu vas être dans la misère”. Moi, j’ai envie de dire à mon petit : “tu es sur Terre, mon gars, tu fais ce que tu veux”.
Je n’ai pas envie d’être laxiste, mais je n’ai pas envie non plus de lui dire : “Je vais t’indiquer comment tu dois vivre.” Ça ne marche pas comme ça. Je veux qu’il aille découvrir, qu’il regarde, qu’il fasse son expérience. »
Cette volonté de laisser l’enfant tracer son propre chemin fait écho au témoignage de Céline Steyer sur la façon d’aider un enfant à croire en ses rêves, sans projeter sur lui les attentes ou les trajectoires des adultes.
Pourquoi vis-tu ta paternité avec autant d’enthousiasme ?
« J’ai toujours été entouré d’enfants. Ma mère était assistante maternelle, j’ai été tonton à 11 ans. J’ai toujours eu des petits frères et des petites sœurs en CDD ! Ça faisait partie de mon quotidien.
Et je suis resté grave connecté à l’émerveillement de l’enfance. Avec mon fils, je me dis : là, il est en train de vivre cet émerveillement que j’ai déjà vécu. La première fois que tu fais du toboggan, c’est un truc de ouf. J’ai hâte de toutes les premières fois. Un jour, il va regarder son premier Disney et ça va être un événement de fou. Le premier concert, la première musique que tu découvres…
Je suis en tout cas un père très enthousiaste. C’est dur de le rester parce que, évidemment, le monde est affreux. Mais j’essaie de lui créer une bulle d’enthousiasme.
Le matin, quand j’entends ses pas dans le couloir, si je suis sur mon téléphone, je pose mon téléphone. Direct, c’est la fête : “alors, c’est une nouvelle journée qui commence ou quoi ? Allez, on lit ? On fait quoi ?”
Il faut que ce soit enthousiasmant.
Et j’adore jouer avec mon fils. J’adore jeter des cailloux avec lui. J’adore lui acheter de nouveaux livres et les lire ensemble. Je suis trop content de faire ça. »
Une vision qui rejoint celle d’André Stern sur l’importance de préserver l’enthousiasme de l’enfant.
Compte Instagram de Guigui Pop sur lequel il partage sa paternité joyeuse.
À ton avis, comment respecter davantage les besoins et le rythme d’un enfant ?
« Parfois, ça me pousse loin dans mes réflexions. Quand il mange et qu’il se lève parce qu’il a envie d’aller lire une page de son livre, je sais que je devrais dire : « Non, tu manges, on reste assis. » Mais parfois, j’ai l’impression que je le dis uniquement parce que je sais qu’un jour d’autres gens vont penser qu’il est mal élevé.
Alors que moi, quand je mange tout seul, je prends un sandwich, je vais me poser n’importe où. On sort notre téléphone et après on dit à l’enfant : non, il faut que tu restes à table. Ce n’est pas une prison.
C’est pareil avec le sommeil. S’il a fait une méga sieste l’après-midi et qu’il n’est pas fatigué à 20 heures, ça n’a pas de sens de le coucher parce qu’il est 20 heures. Il se couchera quand il sera crevé.
J’ai aussi envie qu’il apprenne à faire confiance à son ressenti. Les enfants qu’on force à porter des vêtements très chauds alors qu’ils disent qu’ils n’ont pas froid, par exemple… Tous ces trucs qu’on les oblige à faire, parfois, c’est absurde.
Même la politesse me questionne. À la boulangerie, je lui dis parfois : « Tu dis au revoir ? » Mais en vrai, pourquoi je lui demande de dire au revoir ? C’est à moi de dire au revoir, je suis le daron. Lui, il a deux ans, il regarde les croissants. »
Pourquoi ton fils n’est-il pas gardé en crèche ?
« On n’a pas de village. On n’a pas de parents à côté, on n’a personne.
Mais au départ, après mon parcours de PMA méga long, ni ma compagne ni moi ne nous voyions dire : « Il est là, allez, va à la crèche. » C’était impossible. On a des vies qui le permettent, donc il est resté avec nous.
Ensuite, on avait demandé une place en crèche, ils nous ont dit non et on s’est dit : bon, c’est un signe. Ma compagne est céramiste et elle a aussi fait ce choix personnel. Il y a des jours où elle était à son atelier pendant que j’étais avec notre fils et elle s’est dit : « Mais pourquoi je suis à l’atelier ? Je m’en fous de travailler, je veux voir mon fils. »
Je n’ai pas du tout cette vibe de : ah, la flemme de le voir, j’étais bien sans lui. Pas du tout. Je suis trop content quand je le vois. Je suis trop content d’être avec lui. Ça ne sera jamais une corvée.
Et on nous a beaucoup dit : « S’il ne va pas en crèche, il ne va pas être sociable. » Mais il fait des activités d’adulte avec nous. On va au resto, au café, il voit des gens, des chiens, il se balade. Et quand il va au parc, il joue avec d’autres enfants. »
Une réflexion qui invite aussi à nuancer l’idée selon laquelle la collectivité serait indispensable à la socialisation. Comme l’explique Aurélie Callet dans notre épisode sur la manière d’aider son enfant à se faire des amis, un bébé de quelques mois n’a pas encore les compétences pour socialiser avec les autres enfants et ce n’est pas un besoin qui imposerait, à lui seul, une entrée précoce en collectivité. Plus tard, les relations entre pairs prennent davantage de place, mais elles ne se construisent pas uniquement à l’école ou en crèche : le témoignage de Kelly Lambert sur l’instruction en famille permet justement de déconstruire cette autre idée reçue.
L’actualité et les prochaines dates de spectacle de Guigui Pop sont sur son Linktree.
Comment ton long parcours de PMA a-t-il transformé ton rapport à la paternité ?
« C’était beaucoup de tristesse, quand même.
Avec mon ancienne compagne, ça a duré six ans : deux inséminations, une FIV qui a échoué, des essais naturellement, des problèmes de santé qui ont espacé les tentatives. On allait entamer une deuxième FIV quand elle est partie.
Mon désir d’enfant avait été éveillé. Ça faisait déjà cinq ans et demi que j’essayais. Et je me disais que, quelle que soit l’histoire d’après, j’espérais ne pas revivre un parcours de FIV parce que je trouve ça très dur, et éminemment plus dur pour les femmes.
Ensuite, je me suis mis avec ma compagne actuelle, qui était mon amie depuis très longtemps et qui rêvait d’avoir un enfant. On a essayé et ça n’a pas fonctionné. On est repartis dans un parcours de FIV. Pour moi, c’était déjà la suite de tous les essais précédents. Il y a aussi eu un arrêt de grossesse. À un moment, j’en pouvais plus.
Bien sûr que j’ai envisagé de ne pas avoir d’enfant. À chaque fois que ça ne marchait pas, je me disais : bah voilà, en fait.
Alors quand mon fils est né, ça a été une révélation : “tu ne peux pas savoir comment je t’ai attendu, mon gars.” Quelle chance ultime !
C’est aussi pour ça que, quand tu es en parcours de PMA et que tu entends des humoristes dire « mes enfants me saoulent, la flemme », c’est dur. Ça reste des blagues, évidemment, mais quand toi tu as tout essayé, tu te dis : il y a des gens qui espèrent, en fait. »
Peut-on rire de ses enfants sans les dénigrer ?
« Je pense qu’on peut rire de tout quand on a le talent. Il y a beaucoup de gens qui veulent rire de tout mais qui n’ont pas le talent pour rire de tout.
Quand c’est bien écrit, quand tu as balisé le sujet, quand tu le connais bien, quand tu as mis des garde-fous pour les gens que ça pourrait heurter ou vexer, quand tu sais désamorcer une vanne, oui. Si ça reste frontal et choquant, ce n’est pas marrant.
Moi, me moquer de mon fils, ce n’est pas du tout ma façon de faire. Franchement, les enfants, ils n’ont rien demandé. Pourquoi tu vas les faire chier à te moquer d’eux ?
Dans mes vidéos, la honte est plutôt sur moi. La première fois que j’ai parlé de ma paternité, j’étais sorti pour un anniversaire et j’avais pris une petite cuite. J’ai fait une sorte de vlog : « Aujourd’hui, j’ai testé pour vous la cuite avec un nourrisson. » Et la honte, elle est sur moi.
C’est un peu ça, mes vidéos : se remettre d’aplomb et se dire qu’il faut honorer les enfants.
Et c’est ce qu’on me dit beaucoup : ça fait plaisir de voir de l’humour bienveillant. Des parents m’écrivent : « Ça aère l’esprit, ça fait du bien. C’est drôle de pouvoir en rire entre parents sans dénigrer. »
Je pense qu’il y a une voie là-dedans. »
Une réflexion que partage aussi l’humoriste Jérémy Charbonnel, avec qui nous avons interrogé la frontière entre l’humour sur nos enfants et la moquerie.
Comment réagis-tu quand on te dit qu’avoir une paternité joyeuse est « militant » ?
« Quand je me suis mis à parler de paternité, j’ai reçu beaucoup de messages d’hommes pour me dire : « Tu me fais chier, tu ne parles que de ton fils. »
Eh bien oui. Je vais continuer à parler de lui. J’en ai plus rien à foutre des autres sujets ! Je vais pas faire des vidéos sur les Vélib. J’ai un fiston, c’est exceptionnel d’avoir un fiston, il est exceptionnel. Je l’aime trop.
Une fois, dans une conférence, j’étais avec des personnes qui ont des comptes Instagram qui parlaient de sujets très militants et je disais : « Attendez, moi, je suis vraiment un petit daron qui dit qu’il est content de jouer avec son fiston. C’est très tranquille. »
Et on m’a répondu : « Non, mais attends, de la part d’un homme, avoir une paternité joyeuse, c’est hyper militant. »
Si on en est là, le monde est triste. On ne peut pas dire à un papa : « Ah, t’es content d’avoir un fils ? », et considérer que c’est militant. C’est tellement cynique.
Je pense qu’on ne dit pas assez la joie et le plaisir d’être avec ses enfants. »
Une réflexion qui rejoint celle menée dans notre épisode consacré au fait de profiter de ses enfants et de préserver, malgré les difficultés du quotidien, la joie d’être avec eux.
Que veux-tu transmettre à ton fils ?
« J’y ai souvent réfléchi. Je pense que le plus important, pour moi, ça va être la curiosité. Considérer que chaque chose qui existe est pour lui.
Ne te réfrène pas parce que tu viens de tel milieu. Tout est pour toi. Rentre dans une boutique qui t’intrigue. N’aie pas peur de rentrer. Va voir un film dont tu penses qu’il n’est pas pour toi. Va parler à telle personne. Va te confronter à l’art contemporain, à une musique que tu ne connais pas.
Confronte tes émotions au monde et demande-toi : qu’est-ce que ça me procure ?
Parce que parfois, tu vas découvrir un truc et te dire : mais attends, c’est mon truc, ça ! Et un nouveau monde va s’ouvrir à toi.
Le seul truc qui peut te sauver de la morosité du monde, c’est la culture. Moi, c’est ce que j’ai fait et c’est ça qui m’aide à rester un peu positif. Dès que ça va mal, tu mets une chanson que tu adores, tu lis un livre qui te rassure, tu regardes un film que tu n’as pas vu depuis longtemps. Il faut aérer l’esprit.
Et puis il y a la gentillesse. Je crois au pouvoir intense de la gentillesse. C’est très ringard de dire ça, c’est très candide, mais il faut être gentil.
Peu importe comment l’autre va le recevoir, toi, à l’intérieur de toi, tu seras gentil dans ta tête. Et ça, c’est précieux. »
Guigui Pop : « Full Contact » en tournée et un prochain spectacle sur la paternité
Après deux années à Paris, Full Contact quitte la capitale pour une tournée finale en province. Guigui Pop travaille déjà à l’écriture de son prochain spectacle.
Et cette fois, le sujet sera, selon ses mots, « 100 % le fait d’être papa » : la paternité, la transmission, mais aussi la rupture avec certains modèles hérités. Une manière, dit-il, d’essayer « de changer la copie du daron » et « d’améliorer la note », dans une réflexion qui rejoint celle de Cédric Rostein sur la nécessité de repenser le rôle du père.
Les liens sur les livres sont affiliés auprès de Amazon. Le livre n’est pas plus cher pour vous, mais il permet de percevoir une petite commission pour Les Adultes de Demain. Cela nous aide à continuer ce partage de contenus.
Nos réseaux sociaux :
Notre site web ; Instagram ; Facebook ; LinkedIn
Nous écouter
Apple podcast ; Spotify ; Deezer
Pour nous soutenir, n’hésitez pas à nous laisser vos avis sur Apple Podcast ou Spotify et abonnez-vous à notre chaîne Youtube pour ne plus rater aucun épisode !