Comment fonctionne l'accueil périscolaire et qui l'encadre ? avec Victoire Haffreingue-Moulart #277

89 % des enfants de maternelle et d’élémentaire fréquentent aujourd’hui un accueil périscolaire. Pourtant, derrière ce terme familier se cache une organisation que les parents connaissent souvent mal. Qui prend en charge les enfants avant ou après la classe et pendant la pause méridienne ? De qui dépendent les animateurs ? Quelles règles doivent-ils respecter ? Le fonctionnement de l’accueil périscolaire est d’autant plus difficile à comprendre qu’il peut varier d’une commune à l’autre.

Pendant plus d’un an, la journaliste Victoire Haffreingue-Moulart a enquêté sur les violences commises dans les structures périscolaires. Pour son livre Les Rois du silence, elle est même allée jusqu’à se faire embaucher comme animatrice afin d’observer le système de l’intérieur.

Au micro des Adultes de Demain, elle nous aide à comprendre comment fonctionne l’accueil périscolaire, qui l’encadre et quels contrôles s’exercent sur ces temps auxquels nous confions quotidiennement nos enfants.

Qu’est-ce que l’accueil périscolaire ?

L’accueil périscolaire désigne les temps de prise en charge des enfants qui entourent la journée de classe. Il peut être organisé :

  • le matin avant l’école ;

  • pendant la pause méridienne avec la cantine ;

  • le soir après la classe.

L’accueil du mercredi et celui proposé pendant les vacances scolaires peuvent également relever de l’accueil de loisirs.

Ces temps ont pris une place croissante dans le quotidien des enfants. Au début des années 2000, seulement 13 % d’entre eux étaient inscrits à l’accueil après 16 h 30, contre 60 à 70 % aujourd’hui selon les chiffres cités par Victoire Haffreingue-Moulart. Cette évolution accompagne celle des modes de vie familiaux, mais aussi les différentes réformes de l’organisation du temps scolaire.

La réforme des rythmes scolaires engagée en 2013 a également contribué à renforcer la place du périscolaire, en répartissant alors les 24 heures d'enseignement hebdomadaires sur quatre jours et demi et en développant les temps pris en charge par les équipes d'animation. Depuis 2017, les communes peuvent toutefois demander à revenir à une semaine de quatre jours. L'organisation du temps scolaire varie donc aujourd'hui selon les territoires.

Une évolution importante puisque, comme nous allons le voir, temps scolaire et temps périscolaire ne relèvent pas nécessairement des mêmes acteurs ni des mêmes règles.

Qui gère l’accueil périscolaire ?

Pour les parents comme pour les enfants, le passage du temps scolaire au temps périscolaire peut sembler presque invisible : le lieu reste généralement le même, mais les personnes responsables de l’enfant et l’autorité dont elles dépendent changent.

Pendant les heures de classe, l’enfant est sous la responsabilité de l’Éducation nationale et de ses enseignants. En revanche, les temps périscolaires sont organisés par les communes, qui peuvent :

  • employer directement leurs équipes d’animation ;

  • ou déléguer cette mission à une association ;

  • ou choisir de prendre en charge certains temps, comme la pause méridienne, et en confier d’autres à un prestataire extérieur.

Cette succession d’intervenants est loin d’être évidente pour les familles. Un parent qui dépose son enfant à l’école le matin et le récupère à la sortie de la classe peut ainsi ne jamais rencontrer les animateurs qui l’accompagnent chaque jour à la cantine.

C’est l’un des constats soulevés par Victoire Haffreingue-Moulart :

« On a une multiplicité des acteurs qui vont prendre en charge ces enfants. Et les parents se rendent compte qu'ils ne sont pas du tout conscients de ça et du fait que ce sont vraiment des mondes séparés. »

Derrière un même terme, « accueil périscolaire », se cachent donc des organisations et des intervenants différents. Mais les disparités ne s’arrêtent pas là : tous les accueils ne sont pas soumis aux mêmes règles ni aux mêmes contrôles.

Fonctionnement de l'accueil périscolaire : livre enquête de Victoire Haffreingue-Moulart, Les rois du silence

Les rois du silence, de Victoire Haffreingue-Moulart, aux éditions Robert Laffont

Quelles règles encadrent l’accueil périscolaire ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tous les accueils périscolaires ne sont pas soumis aux mêmes obligations. Les règles qui encadrent la prise en charge des enfants dépendent notamment d’un choix effectué par la commune : déclarer ou non son service périscolaire comme accueil collectif de mineurs.

Cette distinction, largement méconnue des parents, a pourtant des conséquences très concrètes sur :

  • les taux d’encadrement ;

  • la qualification des animateurs ;

  • ou encore le contrôle de leurs antécédents judiciaires.

Les accueils périscolaires déclarés sont soumis à des obligations

Une commune peut déclarer son service périscolaire afin de bénéficier de subventions. Celui-ci entre alors dans le cadre réglementaire des accueils collectifs de mineurs et doit respecter plusieurs obligations.

Un taux d’encadrement est notamment imposé et une partie de l’équipe d’animation doit posséder les diplômes requis. Le contrôle des casiers judiciaires des professionnels est également obligatoire. La commune ne décide donc pas seule des conditions dans lesquelles elle organise l’accueil des enfants.

Ces structures peuvent par ailleurs faire l’objet de contrôles du ministère chargé de la Jeunesse et des Sports.

Attention, un tel dispositif ne garantit pas pour autant l’absence de dysfonctionnements : Victoire Haffreingue-Moulart rappelle notamment que le périscolaire parisien est bien déclaré, malgré les nombreuses affaires qui y ont été révélées.

Dans les accueils non déclarés, des règles beaucoup moins contraignantes

La déclaration du service périscolaire n’est cependant pas obligatoire. Une commune peut choisir de ne pas demander de subventions et organiser son accueil en dehors de ce cadre. Elle n’est alors pas soumise aux mêmes normes concernant le taux d’encadrement ou les diplômes des animateurs. Le contrôle des casiers judiciaires n’y est pas non plus obligatoire.

Et il ne s’agit pas d’une situation marginale. Selon les chiffres cités par Victoire Haffreingue-Moulart, 39 % des communes ne déclarent pas leur service périscolaire. La proportion atteint même 46 % en incluant celles qui n’en déclarent qu’une partie.

Une liberté laissée aux municipalités que la journaliste juge particulièrement problématique :

« Donc, en fait, elles font ce qu'elles veulent. Elles sont complètement en roue libre. Si elles trouvent qu'un animateur pour 30 enfants, c'est suffisant, il n'y a rien qui les empêche de faire autrement. Si elles décident d'aller recruter que des animateurs sans diplôme, rien ne les empêche de ne pas le faire. »

Cette absence d’un cadre commun crée donc de fortes disparités d’une commune à l’autre, alors même que les animateurs se voient confier une responsabilité importante auprès des enfants. Une responsabilité qui pose nécessairement la question de leur formation.

Fonctionnement de l'accueil périscolaire : temps méridien, la cantine

© Yankrukov

Quelle formation pour les animateurs périscolaires ?

Pour comprendre ce que signifie concrètement le manque de formation de certains animateurs, Victoire Haffreingue-Moulart a voulu expérimenter elle-même leur quotidien. Dans le cadre de son enquête, elle a postulé à un poste d’animatrice périscolaire avec un CV ne mentionnant aucune expérience professionnelle auprès des enfants. Elle est pourtant recrutée à l’issue d’un entretien qu’elle juge elle-même consciencieux.

Le décalage apparaît surtout au moment de sa prise de poste. Après quelques minutes consacrées à la visite des locaux et aux premières explications, elle se retrouve chargée de huit enfants de petite section qu’elle doit accompagner aux toilettes, sans savoir précisément comment intervenir en cas d’accident ou si elle doit les aider à s’essuyer.

« Je trouve ça dingue, en fait, qu'on soit comme ça livrés à nous-mêmes. Donc, on essaye de voir un peu ce que font les collègues, etc. »

Un diplôme n’est pas toujours exigé pour encadrer les enfants

Comme nous l’avons vu, les exigences de qualification dépendent notamment du statut de l’accueil périscolaire. Même dans un accueil déclaré, tous les membres de l’équipe d’animation ne doivent pas nécessairement être diplômés.

Pour Victoire Haffreingue-Moulart, le manque de formation ne concerne pas seulement les gestes du quotidien ou l’organisation des activités. Elle pointe également un déficit de sensibilisation aux violences éducatives. Cris, humiliations ou certaines punitions peuvent encore être considérés par des professionnels comme des pratiques éducatives acceptables, alors qu’ils constituent des violences.

La question de la formation est d’autant plus importante que la responsabilité confiée aux animateurs est considérable. Durant son immersion, la journaliste raconte avoir été particulièrement marquée par la crainte qu’un enfant échappe à sa surveillance ou se blesse alors qu’elle en avait la charge.

Un métier essentiel mais encore très précaire

Renforcer la formation des animateurs suppose cependant de s’interroger aussi sur leurs conditions de travail :

  • horaires morcelés entre l’accueil du matin, la pause méridienne et la fin de journée ;

  • rémunérations peu attractives ;

  • importantes responsabilités ;

autant de paramètres qui rendent difficile le recrutement de professionnels davantage qualifiés.

Il serait donc réducteur d’expliquer les dysfonctionnements du périscolaire par le seul manque de formation des animateurs. Victoire Haffreingue-Moulart insiste au contraire sur la nécessité de revaloriser toute la filière, mais aussi de reconnaître davantage la place de ces professionnels dans l’éducation des enfants.

Leur rôle ne consiste pas uniquement à les surveiller en dehors des heures de classe. Au cours de son immersion, la journaliste observe par exemple les animateurs accompagner les plus petits vers davantage d’autonomie pendant le repas ou leur rappeler les règles élémentaires de politesse.

« Ils ont un vrai rôle dans l'éducation de nos enfants et ça aussi, je pense que les parents, il faut qu'ils s'en rendent compte. »

Fonctionnement de l'accueil périscolaire : exemple d'activités lors de la pause méridienne

©rdne

Pourquoi les parents connaissent-ils si mal le fonctionnement du périscolaire ?

Le périscolaire occupe aujourd’hui une place importante dans la journée des enfants, sans toujours bénéficier de la même attention que le temps scolaire. Pour de nombreux parents, l’école reste perçue comme un tout : ils déposent leur enfant le matin et le récupèrent en fin de journée, sans nécessairement savoir quand il passe sous la responsabilité d’une autre équipe ni qui sont les professionnels qui l’accompagnent.

Cette méconnaissance tient en partie à l’organisation elle-même. Toutes les municipalités ne prévoient pas de temps de rencontre avec les équipes périscolaires. Un parent qui dépose son enfant à 8 h 30 et vient le chercher à 16 h 30 peut ainsi ne jamais croiser les animateurs qui l’accompagnent quotidiennement pendant la pause méridienne.

Mais le manque de visibilité du périscolaire ne repose pas uniquement sur les collectivités. Les parents eux-mêmes ne mesurent pas toujours la place de ces temps et de ceux qui les encadrent dans la vie de leur enfant. Victoire Haffreingue-Moulart rapporte que certaines municipalités organisent bien des rencontres avec les équipes d’animation, mais peinent à mobiliser les familles :

« J'ai eu beaucoup de retours de municipalités qui disent "bah oui, on les organise, mais en fait, on se retrouve avec deux ou trois parents, quoi". »

Un désintérêt qu’elle compare à celui que peuvent susciter certaines disciplines lors des réunions parents-professeurs, comme si tous les temps vécus par l’enfant à l’école n’avaient pas la même importance. Pourtant, avec 60 à 70 % des enfants qui fréquentent désormais l’accueil après 16 h 30, auxquels s’ajoutent ceux accueillis le matin ou pendant la pause méridienne, le périscolaire ne constitue plus un temps marginal de leur journée.

Mieux connaître les équipes, leur organisation et les conditions dans lesquelles elles accueillent les enfants permet donc aussi aux parents de redonner à ces temps leur place au sein de la communauté éducative. Et cette implication commence par quelques questions très concrètes à poser sur le fonctionnement de l’accueil périscolaire.

Fonctionnement de l'accueil périscolaire : le taux d'encadrement dépend du choix de la municipalité de déclarer ou non son accueil périscolaire pour percevoir ou non des subventions

©Pavel Danilyuk

Comment les parents peuvent-ils mieux s’informer sur l’accueil périscolaire ?

Mieux comprendre ce qui se passe pendant les temps périscolaires ne signifie pas surveiller en permanence les professionnels qui prennent en charge les enfants. Il s’agit plutôt, pour les parents, de s’intéresser à un temps qui occupe désormais une place importante dans leur quotidien et de connaître les conditions dans lesquelles il est organisé.

Une première question peut être posée directement à la mairie : le service périscolaire de la commune est-il déclaré comme accueil collectif de mineurs ? Victoire Haffreingue-Moulart invite les parents à faire cette démarche, qui permet de savoir quelles obligations s’appliquent en matière d’encadrement, de qualification des animateurs et de contrôle.

Les familles peuvent également chercher à identifier les différents adultes qui prennent en charge leur enfant au fil de la journée :

  • Qui intervient pendant la cantine ?

  • Est-ce la même équipe le matin et après la classe ?

  • Le service est-il directement géré par la commune ou confié à une association ?

Rencontrer les animateurs et participer aux temps d’échange lorsqu’ils sont proposés permet de rendre plus visible cet environnement éducatif qui reste parfois méconnu.

Enfin, s’informer passe aussi par ce que les enfants racontent eux-mêmes de leurs journées. Non pas en les questionnant systématiquement à la recherche d’un éventuel problème, mais en accordant de l’attention à leurs récits, à ce qu’ils ont aimé, moins aimé ou vécu avec les autres enfants et les adultes.

Pour Victoire Haffreingue-Moulart, les révélations récentes autour des violences dans le périscolaire ne correspondent d’ailleurs pas tant à une libération de la parole des enfants qu’à une évolution de notre manière de la recevoir :

« Les enfants, en réalité, ils ont toujours parlé, ils ont toujours raconté si ça se passait mal, s'ils trouvaient un animateur pas gentil ou s'ils avaient été victimes de violences, ils l'ont toujours raconté. C'est plutôt la capacité des parents à entendre justement ce qu'ils racontaient qui a évolué. »

Écouter un enfant sans l’influencer, accueillir ses confidences et savoir lui poser des questions qui lui permettent de s’exprimer ne sont cependant pas toujours évidents. Nous avions consacré un précédent article à ce sujet pour comprendre comment mieux écouter les enfants et recueillir leur parole avec davantage de justesse.

L’objectif n’est donc pas d’installer une défiance systématique envers le périscolaire ou les professionnels qui y travaillent. Victoire Haffreingue-Moulart rappelle avoir rencontré, au cours de son enquête, de nombreux animateurs passionnés et estime qu’ils sont majoritaires à bien s’occuper des enfants.

Connaître le fonctionnement du service, rencontrer ceux qui y travaillent et rester attentif à ce que son enfant raconte permet plutôt aux parents de reprendre leur place dans cet écosystème éducatif.

Fonctionnement de l'accueil périscolaire

© Pavel Danilyuk

Comment mieux encadrer le périscolaire ?

Pour Victoire Haffreingue-Moulart, les dysfonctionnements observés ne pourront pas être résolus par la seule vigilance des parents ou la bonne volonté des professionnels. Le fonctionnement de l’accueil périscolaire doit aussi évoluer à l’échelle collective, avec un cadre commun qui garantisse davantage de sécurité aux enfants, quelle que soit leur commune.

La journaliste identifie trois chantiers prioritaires.

  • Le premier consiste à mieux encadrer les communes, en ne leur laissant plus la possibilité d’organiser une partie ou la totalité de leur accueil périscolaire en dehors des règles imposées aux accueils collectifs de mineurs. Avec 39 % des communes qui ne déclarent pas leur service et 46 % qui ne le déclarent pas entièrement, elle considère cette évolution comme prioritaire.

  • Le deuxième enjeu est de rétablir une véritable communauté éducative. Aujourd’hui, Éducation nationale et équipes périscolaires se succèdent auprès des mêmes enfants, parfois dans les mêmes locaux, mais sans toujours disposer de véritables espaces de dialogue et de transmission des informations. Pour Victoire Haffreingue-Moulart, organiser ces échanges permettrait de faire travailler ensemble deux univers qui cohabitent encore trop souvent sans communiquer.

  • Enfin, elle appelle à renforcer la formation aux violences éducatives, dans le secteur périscolaire mais aussi plus largement au sein de l’Éducation nationale.

Mieux encadrer le périscolaire suppose ainsi de ne plus considérer ces heures comme de simples temps de garde entre deux moments jugés plus importants. Animateurs, enseignants, collectivités et parents participent tous, à des degrés différents, à l’environnement dans lequel grandissent les enfants. Rendre leurs responsabilités plus lisibles et leur permettre de mieux travailler ensemble est aussi une manière de mieux protéger les enfants qui leur sont confiés.

FAQ sur le fonctionnement de l’accueil périscolaire

Le périscolaire est-il obligatoire ?

Non, l’accueil périscolaire est facultatif. Il s’agit d’un service proposé aux familles en dehors des heures d’enseignement : avant la classe, pendant la pause méridienne, après l’école, voire le mercredi et pendant les vacances scolaires. Les modalités d’inscription et d’organisation dépendent de la commune et du service concerné.

Quel diplôme faut-il pour travailler en accueil périscolaire ?

Il n’est pas nécessairement obligatoire d’être diplômé pour travailler comme animateur périscolaire. Dans les accueils collectifs de mineurs déclarés, seule une partie de l’équipe doit répondre à des exigences de qualification. Dans les services périscolaires non déclarés, les communes ne sont pas soumises aux mêmes obligations en matière de diplôme des animateurs.

C’est l’une des limites pointées par Victoire Haffreingue-Moulart, qui a elle-même pu être recrutée comme animatrice sans expérience professionnelle auprès des enfants.

Comment savoir si l’accueil périscolaire de ma commune est déclaré ?

Le plus simple est de contacter directement la mairie et de lui demander si son service périscolaire est déclaré comme accueil collectif de mineurs. C’est précisément la démarche que recommande Victoire Haffreingue-Moulart aux parents.

Cette information est importante : un accueil déclaré est soumis à des obligations concernant notamment le taux d’encadrement, la qualification d’une partie de l’équipe et le contrôle des antécédents judiciaires.

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