Troubles du neurodéveloppement chez l’enfant : comment mieux repérer et accompagner les TND ? avec l’Institut Debré #269
Les troubles du neurodéveloppement concernent aujourd'hui près d'un enfant sur six. Ils regroupent des réalités très diverses, comme les troubles du spectre de l'autisme (TSA), le TDAH, les troubles du langage, les troubles du développement intellectuel ou encore les troubles moteurs. Derrière ces appellations, chaque enfant présente un profil unique, avec ses forces, ses difficultés et ses besoins.
Face aux premiers signes, de nombreux parents s'interrogent : faut-il s'inquiéter ? À quel moment consulter ? Comment accompagner son enfant sans attendre un diagnostic ? Pour répondre à ces questions, Stéphanie d'Esclaibes a réuni trois professionnelles de l'Institut Robert-Debré du Cerveau de l'Enfant : Anna Maruani, pédopsychiatre ; Mélodie Kédadouche, psychomotricienne et Oriane Graciano, orthophoniste. Elles partagent les connaissances actuelles sur les TND et donnent des repères concrets pour mieux comprendre le fonctionnement de chaque enfant et l'accompagner tout au long de son développement.
À retenir
Les troubles du neurodéveloppement concernent près d'un enfant sur six.
Une inquiétude parentale mérite toujours d'être écoutée.
Il n'est pas nécessaire d'attendre un diagnostic pour commencer à accompagner son enfant.
Chaque enfant présente un profil unique et un accompagnement personnalisé.
Les parents, l'école et les professionnels jouent un rôle complémentaire.
Les troubles du neurodéveloppement : une réalité beaucoup plus fréquente qu'on ne l'imagine
Les troubles du neurodéveloppement (TND) apparaissent dès l'enfance et influencent la manière dont le cerveau se développe. Ils regroupent plusieurs réalités très différentes :
les troubles du spectre de l'autisme (TSA) ;
le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ;
les troubles du développement intellectuel ;
les troubles du langage et de la communication ;
les troubles DYS (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie...) ;
ainsi que le trouble du développement de la coordination (TDC).
Les troubles DYS (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie...) font eux aussi partie des troubles du neurodéveloppement. Si vous souhaitez approfondir ce sujet, découvrez également notre article consacré à comment aider un enfant DYS.
Comme le rappelle Anna Maruani, pédopsychiatre, ces troubles du neurodéveloppement concernent aujourd'hui près d'une personne sur six. Ils sont donc loin d'être rares.
Au-delà de leurs spécificités, ils ont un point commun : ils ont un impact concret sur le développement et le quotidien de l'enfant. Comme l'explique Oriane Graciano, orthophoniste :
« Ils s'appellent des troubles, c'est-à-dire qu'ils ont un impact fonctionnel sur le développement et le fonctionnement des enfants. »
Selon le trouble concerné, cet impact peut toucher les apprentissages, le langage, la communication, la motricité, les interactions sociales et/ou l'attention.
Pourquoi chaque enfant avec un TND est-il unique ?
Il n'existe pas un profil type de l'enfant avec un trouble du neurodéveloppement. Deux enfants ayant le même diagnostic peuvent avoir des capacités, des difficultés et des besoins très différents.
Cette diversité s'explique notamment par le fait que les TND sont souvent associés entre eux. Un enfant peut, par exemple, présenter un trouble du spectre de l'autisme accompagné d'un trouble du langage, d'un trouble moteur ou d'un TDAH. À l'inverse, un autre enfant avec le même diagnostic pourra rencontrer des difficultés très différentes.
Comme le résume Anna Maruani :
« Ce sont des troubles extrêmement fréquents et extrêmement fréquemment associés entre eux. »
C'est pourquoi le diagnostic ne consiste pas uniquement à poser une étiquette. L'objectif est avant tout de comprendre le fonctionnement global de l'enfant : ses forces, ses difficultés et ses besoins spécifiques. Cette approche permet ensuite de construire un accompagnement réellement personnalisé, qui pourra évoluer au fil de son développement.
© Kampus
Quels signes peuvent alerter les parents ?
Quels retards ou difficultés méritent une attention particulière ?
Tous les enfants évoluent à leur propre rythme. Certains marchent plus tôt, d'autres parlent plus tard, sans que cela traduise forcément un trouble du neurodéveloppement. Pour autant, certains décalages dans les acquisitions méritent d'être observés de près, notamment lorsqu'ils persistent ou s'associent à d'autres difficultés.
Au cours de l'entretien, la pédopsychiatre Anna Maruani rappelle que les premiers signes peuvent concerner différents domaines du développement :
un retard de langage ;
une acquisition tardive de la marche ;
des difficultés dans les interactions sociales ;
un enfant qui regarde peu son entourage, semble très calme ou, au contraire, particulièrement difficile à apaiser.
L'objectif n'est pas de poser soi-même un diagnostic, mais d'identifier suffisamment tôt un éventuel décalage afin de permettre, si nécessaire, une évaluation plus approfondie.
Faut-il écouter son intuition de parent ?
Pour Anna Maruani, les parents d'enfants neuroatypiques sont souvent les premiers à percevoir qu'un développement ne suit pas tout à fait le cours attendu. Cette inquiétude ne doit pas être minimisée, même lorsqu'elle ne repose pas encore sur des éléments objectifs.
« Le rôle du professionnel, c'est de mettre le curseur. Ce n'est pas aux parents de mettre le curseur. »
Autrement dit, les parents n'ont pas à déterminer si leur enfant présente ou non un trouble du neurodéveloppement. En revanche, leur ressenti constitue une information précieuse. Lorsqu'un doute apparaît, il est recommandé d'en parler au médecin traitant, au pédiatre ou au médecin de PMI, qui pourra évaluer la situation et, si besoin, proposer une surveillance renforcée ou orienter vers un bilan.
Pourquoi il ne faut ni banaliser ni dramatiser
L'un des messages forts de cet épisode est qu'il existe une voie entre l'attentisme et l'inquiétude excessive.
Les professionnelles insistent sur l'importance de ne pas banaliser certains signes en pensant que « tout finira par rentrer dans l'ordre », tout en évitant d'imaginer le pire dès les premières interrogations. L'observation du développement s'inscrit dans la durée et s'appuie sur des repères établis, comme ceux de la Haute Autorité de Santé.
Lorsqu'un décalage est identifié, l'objectif est avant tout de suivre son évolution, d'accompagner les parents et, si nécessaire, de proposer rapidement un premier bilan. Cette vigilance permet également de donner des conseils concrets aux familles, sans attendre plusieurs mois, et d'éviter que les parents ne restent seuls avec leurs questions.
© Artstel
Peut-on aider un enfant avant même que le diagnostic de TND soit posé ?
Pourquoi il ne faut pas attendre pour agir face à un retard d'acquisition
Face à un retard de langage, des difficultés de communication ou des inquiétudes concernant le développement de leur enfant, de nombreux parents pensent qu'il faut attendre un diagnostic avant de mettre en place un accompagnement. Pour les professionnelles interrogées, cette idée est à déconstruire.
Comme le rappelle Anna Maruani :
« L'attente du diagnostic ne doit pas retarder la prise en charge. »
Dès lors qu'un décalage est observé ou qu'une inquiétude est exprimée par les parents, l'école ou un professionnel de santé, il est possible de commencer à accompagner l'enfant. L'objectif est de soutenir son développement le plus tôt possible, sans attendre qu'un diagnostic précis soit posé.
Les expertes insistent également sur le fait que cette prise en charge précoce ne consiste pas uniquement à proposer des séances avec des professionnels. Elle passe aussi par des conseils concrets destinés aux familles pour adapter les interactions du quotidien.
Comment soutenir la communication et le développement au quotidien ?
Le développement d'un enfant ne se construit pas uniquement pendant les séances d'orthophonie ou de psychomotricité. Chaque moment du quotidien constitue une occasion d'apprendre, de communiquer et de progresser.
L'orthophoniste Oriane Graciano rappelle ainsi que le langage se développe partout : à la maison, à l'école, pendant les jeux, les repas ou les déplacements. Même lorsqu'un enfant ne bénéficie pas encore d'un suivi en orthophonie, son entourage peut déjà favoriser ses apprentissages.
Les professionnelles évoquent également l'intérêt d'outils simples permettant de soutenir la communication :
pictogrammes ;
signes inspirés de la langue des signes française ;
images ou classeurs de communication.
L'objectif n'est pas uniquement d'aider l'enfant à parler, mais aussi de lui permettre d'exprimer ses besoins, ses émotions, ses choix ou son refus.
Enfin, les apprentissages gagnent à être répétés dans différents contextes. Comme le souligne Mélodie Kédadouche, psychomotricienne :
« Plus on travaillera dans des lieux différents, donc à l'école, avec la psychologue, la psychomotricienne, dans le cadre du cours de sport, à la maison, etc., plus on aura une généralisation de l'apprentissage beaucoup plus rapide. »
Pour accompagner les familles sans attendre, Anna Maruani cite également CléPsy, une plateforme de guidance parentale développée par l’équipe de pédopsychiatrie de l’Hôpital Robert-Debré. Le site propose des fiches, vidéos et modules pratiques pour aider les parents face aux difficultés du quotidien : langage, apprentissages, attention, comportement, sommeil ou encore anxiété. Une ressource utile pour trouver des repères concrets, en complément d’un suivi médical ou paramédical lorsque celui-ci est nécessaire.
Les parents jouent un rôle essentiel dans les apprentissages
L'accompagnement ne repose donc pas uniquement sur les professionnels. Les parents sont eux aussi des acteurs à part entière du développement de leur enfant.
Sans devenir thérapeutes, ils peuvent mettre en pratique les conseils reçus lors des consultations, poursuivre certaines activités à la maison et adapter progressivement leur manière de communiquer avec leur enfant. Cette continuité entre les différents lieux de vie favorise les progrès et renforce les apprentissages.
Les expertes rappellent également qu'il est important de soutenir les compétences parentales :
leur donner des repères ;
leur expliquer le fonctionnement de l'enfant ;
leur proposer des stratégies concrètes.
Cela aide les familles à reprendre confiance et à ne plus se sentir seules face aux difficultés rencontrées.
Comme le souligne Anna Maruani, parfois, le simple fait de donner quelques clés aux parents suffit à déclencher une dynamique positive. L'objectif n'est pas qu'ils fassent « à la place » des professionnels, mais qu'ils deviennent des partenaires pleinement impliqués dans le développement de leur enfant.
© Karola G
Comment se déroule le diagnostic d'un trouble du neurodéveloppement ?
Une évaluation globale du fonctionnement de l'enfant
Contrairement à une idée reçue, le diagnostic d'un trouble du neurodéveloppement ne repose pas sur un seul test. L'objectif n'est pas seulement de poser un nom sur les difficultés rencontrées par l'enfant, mais de comprendre précisément son fonctionnement.
Pour cela, les professionnels évaluent plusieurs dimensions de son développement :
le langage ;
la communication ;
les capacités motrices ;
le fonctionnement intellectuel ;
les interactions sociales ;
les apprentissages scolaires.
Les observations se font notamment au travers de jeux et de situations adaptées à l'âge de l'enfant, qui permettent de comprendre comment il communique, résout un problème, demande de l'aide ou interagit avec son entourage.
Comme l'explique Anna Maruani, cette évaluation permet de construire un diagnostic fonctionnel, c'est-à-dire une compréhension fine des forces, des difficultés et des besoins propres à chaque enfant.
Pourquoi plusieurs professionnels participent-ils au diagnostic de TND ?
Chaque professionnel apporte un regard complémentaire sur le développement de l'enfant :
l'orthophoniste évalue notamment le langage et la communication ;
la psychomotricienne les compétences motrices et la coordination ;
tandis que le médecin coordonne l'ensemble des observations et recherche d'éventuelles causes médicales ou génétiques.
Selon les situations, des enseignants ou d'autres professionnels peuvent également contribuer à cette évaluation.
Cette approche pluridisciplinaire permet de croiser les observations avant d'élaborer un projet d'accompagnement cohérent. L'objectif n'est pas simplement d'établir un diagnostic, mais de répondre à une question essentielle : de quoi cet enfant a-t-il besoin pour progresser et s'épanouir ?
À l'issue de cette évaluation, les familles reçoivent des explications sur le fonctionnement de leur enfant ainsi que des préconisations concrètes :
rééducation orthophonique ou psychomotrice ;
travail des habiletés sociales ;
démarches auprès de la MDPH ;
ou encore adaptations à mettre en place à l'école.
Le diagnostic marque le début de l'accompagnement
Le diagnostic n'est pas une finalité. Il constitue le point de départ d'un accompagnement qui évoluera au rythme du développement de l'enfant.
Au fil des années, de nouveaux besoins peuvent apparaître tandis que d'autres difficultés s'atténuent. Les prises en charge sont donc régulièrement réévaluées afin de s'adapter aux différentes étapes de la vie, de l'entrée à l'école jusqu'à l'adolescence, puis à l'âge adulte.
Comme le rappelle Anna Maruani, le trouble du neurodéveloppement ne disparaît pas une fois le diagnostic posé. En revanche, une meilleure connaissance du fonctionnement de l'enfant permet de :
anticiper ses besoins ;
ajuster les accompagnements ;
construire un parcours plus serein pour lui comme pour sa famille.
© Gustavo Fring
Comment accompagner un enfant avec un TND au quotidien ?
Adapter l'environnement aux besoins de l'enfant
Pendant longtemps, l'accompagnement consistait principalement à aider l'enfant à s'adapter à son environnement. Aujourd'hui, les professionnelles défendent une approche plus équilibrée : c'est aussi à l'environnement d'évoluer pour répondre aux besoins de l'enfant.
Concrètement, cela peut passer par des aménagements simples :
proposer des supports visuels ;
limiter certaines stimulations sensorielles (casque anti-bruits pour les hyperacousiques par exemple) ;
utiliser des outils de communication adaptés ou encore adapter les modalités d'apprentissage.
L'objectif n'est pas de faire « à la place » de l'enfant, mais de lever les obstacles qui freinent ses apprentissages et sa participation à la vie quotidienne.
Cette réflexion concerne aussi bien la maison que l'école ou les espaces publics. Les trois expertes rappellent d'ailleurs que de nombreuses adaptations pensées pour les enfants présentant un TND profitent également aux autres enfants.
Certaines adaptations profitent particulièrement aux enfants présentant un TDAH. Nous détaillons ces stratégies dans notre article sur l'accompagnement des enfants TDAH.
Pourquoi le jeu est un formidable levier d'apprentissage
Le jeu occupe une place centrale dans le développement de tous les enfants. Il constitue également un outil précieux pour les professionnels qui accompagnent des enfants présentant un trouble du neurodéveloppement.
Comme l'explique Anna Maruani, pédopsychiatre à l'Institut Robert-Debré, un simple jeu permet d'observer de nombreuses compétences : la façon dont l'enfant
résout un problème ;
demande de l'aide ;
interagit avec l'adulte ;
passe d'une activité à une autre ;
manifeste ses émotions...
Le jeu devient ainsi un véritable support d'évaluation.
Mais son intérêt ne s'arrête pas au diagnostic. Orthophonistes, psychomotriciens et autres professionnels s'appuient quotidiennement sur le jeu pour rendre les rééducations plus motivantes. Derrière une activité ludique se cachent souvent des objectifs très précis :
développer le langage ;
améliorer la motricité ;
travailler les interactions sociales ;
renforcer l'attention.
Comme le rappelle Mélodie Kédadouche, psychomotricienne, les enfants ne travaillent pas des compétences « parce qu'il le faut », mais parce qu'ils prennent plaisir à jouer. Cette motivation est essentielle dans un accompagnement qui s'inscrit souvent sur plusieurs années.
Pourquoi chaque enfant progresse à son propre rythme
Les parents s'interrogent souvent sur l'évolution de leur enfant et la comparent parfois à celle d'autres enfants présentant pourtant le même diagnostic. Or, les professionnelles rappellent qu'il est impossible de prédire avec certitude le parcours de chacun.
L'évolution dépend d'abord de facteurs biologiques. Certaines causes génétiques sont associées à des difficultés plus importantes, tandis que d'autres profils présentent un meilleur pronostic. Mais ces éléments n'expliquent pas tout, et la recherche continue d'explorer les nombreuses zones d'ombre qui subsistent.
L'environnement joue également un rôle majeur. Une prise en charge précoce, la continuité des apprentissages entre les différents lieux de vie, l'implication de la famille ou encore les adaptations mises en place à l'école peuvent favoriser les progrès de l'enfant.
C'est pourquoi les expertes invitent les parents à ne pas enfermer leur enfant dans des prédictions. Certaines évolutions peuvent surprendre. Elles évoquent notamment le cas d'un jeune garçon longtemps considéré comme très sévèrement atteint, avant que l'équipe ne découvre qu'il savait lire et puisse lui proposer des outils de communication adaptés, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives d'apprentissage.
Comme le résume Oriane Graciano, orthophoniste, personne ne peut affirmer avec certitude ce qu'un enfant sera capable de faire dans quelques années. L'objectif n'est donc pas de prédire son avenir, mais de lui offrir les meilleures conditions possibles pour développer son potentiel.
© Yankrukov
École : quelles adaptations peuvent réellement aider les enfants avec un TND ?
Quels aménagements pédagogiques pour faciliter les apprentissages ?
L'inclusion scolaire ne consiste pas à demander à l'enfant de s'adapter coûte que coûte au fonctionnement de la classe. Elle implique également d'ajuster certains apprentissages afin qu'il puisse mobiliser pleinement ses compétences.
Les adaptations varient selon les besoins de chaque enfant. Elles peuvent par exemple prendre la forme de textes à trous, de supports visuels, de temps supplémentaires pour réaliser un exercice ou encore de courtes pauses permettant de diminuer la surcharge sensorielle. Pour les enfants présentant des difficultés motrices, un ordinateur ou un clavier adapté peut également faciliter l'accès aux apprentissages.
Comme le rappelle Anna Maruani, le diagnostic permet justement d'identifier les aménagements les plus pertinents pour chaque enfant. L'objectif n'est pas d'abaisser les exigences scolaires, mais de lui donner les moyens d'apprendre dans des conditions plus adaptées à son fonctionnement.
Si votre enfant rencontre des difficultés à l'école, vous pouvez également consulter notre article consacré aux difficultés scolaires.
Quel est le rôle des AESH et des dispositifs spécialisés ?
Certaines adaptations nécessitent également un accompagnement humain. Les Accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) interviennent auprès des enfants dont les besoins le justifient afin de favoriser leur participation aux activités de la classe et leur autonomie.
Selon les situations, d'autres dispositifs peuvent également être proposés, comme les unités d'enseignement spécialisées ou les classes accueillant de plus petits effectifs avec des professionnels formés aux troubles du neurodéveloppement.
Les trois expertes rappellent toutefois qu'aucun dispositif ne constitue une solution universelle. Ce qui fait la qualité d'une inclusion, c'est avant tout la capacité de l'équipe éducative à travailler avec la famille et les professionnels de santé pour construire un accompagnement cohérent autour de l'enfant.
L'accessibilité cognitive : un levier encore trop méconnu
L'accessibilité physique des établissements progresse peu à peu, néanmoins l'accessibilité cognitive reste encore largement méconnue. Si vous souhaitez mieux comprendre les enjeux de l'inclusion scolaire, vous pouvez également consulter notre article consacré au parcours scolaire des enfants neuroatypiques.
L'accessibilité cognitive consiste à rendre les informations plus faciles à comprendre grâce à des supports adaptés. Cela peut passer par des pictogrammes, des tableaux de communication, des outils de synthèse vocale, des consignes simplifiées ou encore des documents rédigés selon les principes du Français Facile à Lire et à Comprendre (FALC).
Le FALC repose sur un ensemble de règles qui facilitent la compréhension des textes grâce à un vocabulaire simple, une syntaxe allégée et une présentation visuelle plus claire. Initialement conçu pour les personnes présentant un handicap cognitif, il bénéficie également à de nombreux autres publics : jeunes lecteurs, personnes allophones ou encore élèves rencontrant des difficultés de compréhension.
Comme le souligne Oriane Graciano, orthophoniste, ces adaptations demandent souvent moins de moyens qu'on ne l'imagine, tout en améliorant l'accessibilité des apprentissages pour un grand nombre d'enfants.
Pour aller plus loin : les recommandations du Français Facile à Lire et à Comprendre (FALC) sont disponibles sur le site de Santé publique France ainsi que sur celui de UNAPEI.
L’importance du jeu pour aider à établir un diagnostic et accompagner l’enfant dans son développement © Yankrukov
Pourquoi les parents sont-ils des acteurs essentiels de l'accompagnement de leur enfant porteur de TND ?
De parents inquiets à parents experts
Au fil des années, la place des parents dans l'accompagnement des enfants présentant un trouble du neurodéveloppement a profondément évolué. Longtemps considérés comme de simples accompagnants, ils sont aujourd'hui de véritables partenaires des professionnels de santé.
Au quotidien, ce sont eux qui observent les progrès de leur enfant, mettent en pratique les stratégies proposées en consultation et assurent le lien entre les différents intervenants : école, orthophoniste, psychomotricienne, médecin ou encore AESH.
La pédopsychiatre Anna Maruani souligne également que les parents contribuent à faire progresser les connaissances sur les TND. En partageant leurs observations et leur expérience, ils participent à une meilleure compréhension de certains troubles et deviennent parfois eux-mêmes de véritables experts de la situation de leur enfant.
Cette évolution du regard porté sur les familles constitue l'un des changements majeurs de ces dernières années : les parents ne sont plus seulement accompagnés, ils participent pleinement à l'accompagnement.
Un équilibre personne et familial à préserver pour soutenir son enfant
Accompagner un enfant présentant un TND demande du temps, de l'énergie et une capacité d'adaptation permanente. Les rendez-vous médicaux, les séances de rééducation, les échanges avec l'école ou les démarches administratives viennent souvent s'ajouter à la vie familiale et professionnelle.
Les trois professionnelles rappellent que cet engagement peut être éprouvant, d'autant plus lorsqu'il y a d'autres enfants dans la fratrie ou que l'un des parents réduit son activité professionnelle pour suivre les différents rendez-vous.
Comme le résume Mélodie Kédadouche, psychomotricienne :
« C'est un marathon. »
Dans ce contexte, préserver sa propre santé physique et mentale n'est pas un luxe, mais une condition pour pouvoir accompagner durablement son enfant. Se reposer lorsque c'est possible, s'appuyer sur son entourage ou accepter de déléguer certaines tâches contribue aussi à l'équilibre de toute la famille.
L'indispensable aide de l'entourage : oser demander
Aucun parent ne devrait avoir le sentiment de devoir tout porter seul. Les professionnelles encouragent les familles à :
poser des questions ;
demander des explications lorsqu'un objectif ou une prise en charge n'est pas clair ;
assister, lorsqu'elles le souhaitent, à certaines séances afin de mieux comprendre les stratégies proposées.
Ce dialogue avec les professionnels permet aux parents de poursuivre certains apprentissages à la maison, tout en développant progressivement leur confiance dans leurs propres compétences.
Les familles peuvent également trouver un soutien précieux auprès :
de leur entourage ;
d'associations de parents ;
de groupes d'échange.
Partager son expérience avec d'autres personnes confrontées aux mêmes difficultés aide souvent à rompre l'isolement et à retrouver des ressources pour avancer.
Comme le rappellent les intervenantes tout au long de cet épisode, accompagner un enfant présentant un trouble du neurodéveloppement est un travail d'équipe. Plus les parents se sentent soutenus, informés et écoutés, plus ils peuvent accompagner sereinement leur enfant dans son développement.
Mieux s'adapter aux enfants avec un TND : un défi collectif
Si les progrès réalisés ces dernières années sont importants, les trois expertes estiment que de nombreux défis restent à relever. Leur point commun ? Ils ne concernent pas uniquement le monde médical ou l'école, mais l'ensemble de la société.
Dans les espaces publics, certaines adaptations faciliteraient déjà le quotidien de nombreuses familles : une signalétique plus lisible, des environnements moins bruyants, des outils de communication accessibles ou encore des supports plus faciles à comprendre.
Les professionnelles évoquent également l'importance de développer les moyens de communication alternatifs et augmentés. Pictogrammes, tableaux de communication, applications dédiées ou synthèse vocale permettent à certaines personnes d'exprimer leurs besoins, leurs émotions et leurs choix. Ces outils mériteraient d'être davantage connus, financés et acceptés dans tous les lieux de vie.
Pour autant, les solutions ne peuvent pas être imaginées uniquement par les professionnels. Oriane Graciano insiste sur la nécessité d'écouter les personnes directement concernées. De plus en plus d'associations d'auto-représentation permettent aujourd'hui à des personnes autistes, dyslexiques, présentant un TDAH ou d'autres troubles du neurodéveloppement d'exprimer leurs besoins et de partager leur expérience. Leur parole constitue une ressource précieuse pour construire des environnements réellement inclusifs.
Enfin, cette évolution passe aussi par une meilleure sensibilisation du grand public. Comprendre les troubles du neurodéveloppement, accepter que chacun communique ou apprenne différemment et adapter certains usages bénéficient souvent à bien plus de personnes que les seuls enfants concernés.
Les troubles du neurodéveloppement ne se résument ni à un diagnostic ni à une liste de difficultés. Derrière chaque TND se trouve un enfant avec son histoire, ses compétences, ses besoins et son propre rythme de développement.
Tout au long de cet échange, Anna Maruani, Mélodie Kédadouche et Oriane Graciano rappellent un message essentiel : accompagner un enfant ne consiste pas à chercher coûte que coûte à le faire entrer dans une norme, mais à comprendre son fonctionnement afin de lui offrir les conditions les plus favorables à son développement.
Cette démarche repose sur une collaboration étroite entre les familles, les professionnels de santé, l'école et, plus largement, la société tout entière. Plus les adultes apprennent à observer, écouter et adapter leur environnement, plus chaque enfant peut développer son potentiel et trouver sa place. Cette évolution du regard est essentielle, comme nous l'expliquions également dans notre article consacré à changer de regard sur le handicap.
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