Quelle méthode pour apprendre à lire efficacement ? Le débat est souvent résumé à l’opposition entre méthode syllabique, globale ou mixte. Pour Céline Alvarez, la question mérite d’être posée autrement : quels sont les mécanismes qui permettent réellement à l’enfant d’entrer dans la lecture ?
Dans cet épisode des Adultes de Demain, elle défend une progression fondée sur le son des lettres, l’encodage, le décodage et la manipulation. Une approche qu’elle propose d’engager dès la maternelle, car le français est une langue écrite complexe, dans laquelle l’apprentissage de la lecture demande davantage de temps que dans les langues dites transparentes.
Mais derrière la question de la méthode se joue aussi un enjeu plus large. Pour Céline Alvarez, savoir lire suffisamment tôt et avec fluidité constitue l’un des leviers les plus puissants de la réussite scolaire et peut contribuer à réduire les inégalités entre les enfants.
L’essentiel à retenir
Céline Alvarez recommande de commencer l’apprentissage de la lecture par le son des lettres plutôt que par leur nom, source de confusion.
L’enfant entre d’abord dans l’encodage, en composant des mots avec des lettres mobiles, avant de passer progressivement au décodage et donc à la lecture.
Elle propose de concentrer la maternelle sur 35 graphèmes correspondant aux sons les plus fréquents du français, avant d’introduire progressivement les nombreuses irrégularités de notre langue.
Cet apprentissage peut commencer très tôt, mais de manière informelle, mobile et joyeuse, sans transformer la maternelle en CP.
Commencer avant le CP est particulièrement important en français, car notre langue écrite est opaque : un même son peut s’écrire de plusieurs façons et une même lettre se prononcer différemment.
Céline Alvarez appelle à inscrire cette progression dans les programmes afin qu’elle bénéficie à tous les enfants et ne dépende plus seulement des pratiques de certains enseignants ou de l’accompagnement familial.
Quelle méthode pour apprendre à lire selon Céline Alvarez ?
Pour Céline Alvarez, la méthode pour apprendre à lire doit permettre à l’enfant de comprendre progressivement le fonctionnement du code alphabétique. Elle repose sur quelques principes simples :
commencer par le son des lettres ;
permettre à l’enfant de manipuler concrètement les signes écrits ;
l’amener d’abord à composer des mots, avant de les décoder ;
limiter, dans un premier temps, le nombre de graphèmes à maîtriser.
L’objectif n’est donc pas de faire mémoriser des listes de mots ou des syllabes, mais de rendre le code écrit suffisamment simple et concret pour que l’enfant puisse se l’approprier.
1 - Commencer par le son des lettres, pas par leur nom
Première étape : lorsqu’on présente une lettre à l’enfant, Céline Alvarez recommande de lui donner le son qu’elle produit et pas son nom.
À la maison, les parents ont souvent déjà le réflexe de montrer les lettres, de les afficher sur le réfrigérateur ou de composer des mots familiers. « Papa », par exemple, devient spontanément P-A-P-A. Pour Céline Alvarez, il suffit en quelque sorte de modifier une information : remplacer le nom de la lettre par son son.
Elle résume ainsi ce changement :
« Ils [les parents] font déjà ce qu’il faut faire sauf qu’il faut arrêter de donner le nom de la lettre. Il faut faire la même chose mais avec le son de la lettre. »
Pourquoi cette distinction est-elle importante ? Parce que l’enfant doit comprendre une correspondance très précise : les sons de la langue orale sont codés par des signes écrits et, inversement, ces signes permettent de retrouver les sons. Ajouter immédiatement le nom de la lettre peut superposer deux informations différentes et créer des confusions chez certains enfants.
Cette logique implique également de ne pas se limiter aux 26 lettres de l’alphabet. Certains sons courants du français sont représentés par plusieurs lettres associées : OU, CH, AN, ON, IN, etc. Ces digrammes ou groupes de lettres doivent donc être présentés comme des unités graphiques correspondant à un son.
L’enfant découvre ainsi progressivement un code : à un son donné correspond un signe qu’il peut identifier et manipuler.
2 - Encoder avant de décoder grâce aux lettres mobiles
La deuxième particularité de cette méthode est de ne pas commencer directement par demander à l’enfant de lire. Céline Alvarez propose d'abord de l'amener à encoder, c’est-à-dire à partir d’un mot entendu pour retrouver les signes qui permettent de l’écrire.
Les lettres mobiles occupent ici une place essentielle. L’enfant n’a pas besoin de maîtriser le geste d’écriture : il peut chercher, déplacer et assembler les lettres correspondant aux sons qu’il entend.
Pour composer « moto », par exemple, il écoute successivement les sons du mot et cherche le signe correspondant à chacun d’eux. Il effectue donc le chemin :
son → signe → composition du mot.
Cette étape peut commencer avec quelques mots simples, familiers et motivants pour l’enfant : son prénom, « papa », « maman », « mur », « vis », etc.
À force de composer ainsi des mots, le mouvement inverse apparaît progressivement. L’enfant qui sait passer du son au signe commence à effectuer spontanément le chemin du signe vers le son :
signe → son → lecture du mot.
Il entre alors dans le décodage.
Céline Alvarez insiste sur ce passage progressif : il n’est pas nécessaire de « faire une leçon de lecture » au sens scolaire du terme. La lecture peut émerger à force de manipuler le code écrit, lorsque les correspondances entre sons et signes sont suffisamment bien comprises.
Cette progression rejoint certains principes de la pédagogie Montessori, notamment l’utilisation des lettres mobiles et le passage par la manipulation.
Sylvie d'Esclaibes a partagé dans un ancien épisode, des activités Montessori pour accompagner l’apprentissage de la lecture.
3 - Se concentrer d’abord sur 35 graphèmes
C’est ici que Céline Alvarez adapte plus spécifiquement cette progression aux particularités du français.
Notre langue écrite comporte de nombreuses irrégularités : un même son peut s’écrire de plusieurs manières et une même lettre peut se prononcer différemment selon les mots. Vouloir présenter toutes ces possibilités dès le début rendrait le code particulièrement complexe.
Elle propose donc de créer, pendant la maternelle, une sorte de premier code simplifié, composé de 35 graphèmes correspondant aux sons les plus fréquents du français.
Pour chaque son, l’enfant apprend d’abord une seule graphie, la plus fréquente. Le son « s » sera par exemple associé au S, sans présenter immédiatement toutes les autres manières de produire ce son à l’écrit (il existe 12 façons de l'écrire dans la langue française...). Même principe pour AN, IN ou encore OU.
« Pendant le temps de la maternelle, les enfants apprennent à lire avec ces 35 signes », explique Céline Alvarez.
L’enfant peut ainsi comprendre et automatiser le principe fondamental : un son correspond à un signe, un signe correspond à un son.
Les autres graphies et les irrégularités du français sont introduites plus tard, une fois cette première structure solidement installée.
La progression proposée par Céline Alvarez
| Âge / étape | Progression proposée par Céline Alvarez |
|---|---|
| Dès 2-3 ans | Découvrir de manière informelle le son de quelques lettres et graphèmes, au fil des occasions et de l’intérêt de l’enfant. |
| Vers 3 ans et demi | Commencer à encoder, c’est-à-dire composer des mots simples avec des lettres mobiles en partant des sons entendus. |
| Vers 4 ans | Entrer progressivement dans le décodage : reconnaître les signes, retrouver leurs sons et commencer à lire des mots. |
| Pendant la maternelle | Consolider la maîtrise des 35 graphèmes de base proposés par Céline Alvarez afin d’automatiser un premier code simple. |
| Au CP | Enrichir ce premier code avec les irrégularités du français, automatiser la lecture, gagner en fluidité et accéder davantage à la compréhension. |
Ces âges restent indicatifs : Céline Alvarez ne propose pas un calendrier rigide, mais une progression qui suit l’intérêt et le rythme de l’enfant. Elle peut s’étaler sur plusieurs mois, voire davantage.
« Il ne faut pas être pressé, on a le temps », rappelle-t-elle.
L’idée est de donner à l’enfant suffisamment de temps pour automatiser un premier système simple avant d’y ajouter la complexité propre à l’orthographe française.
4 - Lire de vrais mots sans les deviner
Reste à vérifier que l’enfant lit réellement les mots et ne les reconnaît pas uniquement grâce à l’image, au contexte ou à sa mémoire.
Les chercheurs utilisent parfois des « non-mots », c’est-à-dire des suites de lettres qui respectent les règles de la langue mais ne correspondent à aucun mot existant. Si l’enfant parvient à les lire, il est nécessairement en train de décoder.
Céline Alvarez préfère cependant utiliser avec les enfants de vrais mots, mais suffisamment rares pour qu’ils ne puissent pas les deviner. Elle les appelle des « mots indevinables ».
Plutôt que d’écrire simplement « chien » sous l’image d’un chien, par exemple, elle propose un terme plus précis comme « labrador ». Même principe avec « tamia », « caracal » ou « calao ».
L’enfant ne peut alors pas se contenter de regarder l’illustration et d’anticiper le mot : il doit revenir aux lettres et aux sons pour le décoder réellement. Cette manière de faire permet à la fois de vérifier sa maîtrise du code et d’enrichir son vocabulaire.
Pourquoi il faut apprendre à lire en maternelle, Céline Alvarez, aux éditions Les Arènes, août 2026. Dans ce livre, un chapitre entier est consacré à la méthode pour apprendre à lire, naturellement, étape par étape. Elle intéressera autant enseignants que parents.
Pourquoi commencer l’apprentissage de la lecture dès la maternelle ?
Commencer l’apprentissage de la lecture dès la maternelle peut surprendre. Pourtant, pour Céline Alvarez, cet apprentissage précoce ne répond pas seulement à l’envie naturelle de certains enfants de découvrir les lettres. Il tient aussi aux particularités de la langue française.
Le français est une langue écrite opaque
Toutes les langues ne présentent pas le même niveau de difficulté lorsqu’on apprend à lire. Certaines sont dites transparentes : la correspondance entre les sons et les signes écrits y est relativement régulière.
En finnois ou en espagnol, par exemple, un même son s’écrit généralement toujours de la même manière et une même lettre produit le plus souvent le même son. Le nombre de correspondances à mémoriser reste donc limité.
« Par exemple, le O en finnois, en espagnol, le son O, c'est toujours la lettre O. Il n'y a pas d'autre façon de l'écrire. Le son S, c'est la lettre S. Il n'y en a pas d'autre façon d'écrire, et le S, c'est toujours S.
C'est simple, c'est transparent. Il n'y a qu'une trentaine de signes à apprendre pour être lecteur autonome », précise Céline Alvarez.
Le français fonctionne autrement. C’est une langue écrite opaque : un même son peut s’écrire de différentes façons et une même lettre peut produire plusieurs sons ou rester muette. Céline Alvarez donne l’exemple du son « s », qui peut notamment s’écrire avec un S, deux S, un C, un Ç ou encore un T dans certaines terminaisons.
Contrairement à la trentaine de signes à maîtriser dans certaines langues transparentes, en français, on dénombre environ 250 correspondances ou graphies possibles.
Cette complexité modifie, selon elle, la question du calendrier. Là où certains enfants peuvent entrer rapidement dans la lecture dans une langue très régulière, les enfants francophones doivent d’abord comprendre le principe alphabétique, puis apprendre progressivement de nombreuses irrégularités.
C’est pourquoi elle considère que commencer seulement au CP laisse trop peu de temps. Elle s’appuie notamment sur des travaux qui montrent que l’apprentissage d’une langue écrite opaque demande davantage de temps* et que savoir déjà lire des mots vers 5 ans constitue un indicateur favorable pour la suite**.
*Ziegler, J. C. & Goswami, U. (2005). Reading Acquisition, Developmental Dyslexia, and Skilled Reading Across Languages: A Psycholinguistic Grain Size Theory. Psychological Bulletin, 131(1), 3–29 ; Becoming literate in different languages: similar problems, different solutions (2006)
**National Early Literacy Panel (NELP) (2008)
La comparaison avec la Finlande permet d’illustrer ce raisonnement. Les enfants y commencent officiellement l’enseignement de la lecture plus tard, mais la langue écrite est beaucoup plus régulière et nombre d’entre eux savent déjà lire avant l’équivalent du CP. Pour Céline Alvarez, transposer directement ce calendrier au français n’a donc pas beaucoup de sens.
À l’inverse, elle cite l’Angleterre, dont la langue écrite est elle aussi opaque. L’apprentissage explicite de la lecture y commence dès les premières années d’école. Cet exemple montre, selon elle, qu’il est possible de tenir compte de la complexité du code écrit dans l’organisation même des apprentissages et de commencer plus tôt lorsque la langue exige davantage de correspondances entre sons et signes.
L’enjeu n’est donc pas de fixer arbitrairement un âge idéal pour apprendre à lire ni de faire de tous les enfants de maternelle de grands lecteurs. Il s’agit plutôt de leur laisser suffisamment de temps pour comprendre et automatiser un premier code simple avant d’aborder, au CP, les nombreuses irrégularités du français.
Les lettres magnétiques proposées par Céline Alvarez et correspondant aux 35 phonèmes de base pour entrer dans l’apprentissage de la lecture par l’encodage et le décodage.
Commencer plus tôt sans transformer la maternelle en CP
L’une des objections les plus fréquentes consiste à dire qu’un enfant de maternelle doit avant tout jouer, bouger et explorer. Céline Alvarez ne défend pourtant pas un apprentissage de la lecture assis derrière une table, avec un cahier et des exercices formels.
Elle s’inscrit au contraire dans une conception beaucoup plus ancienne de l’école maternelle. À la fin du XIXe siècle, Pauline Kergomard, qui a largement contribué à définir l’école maternelle française, défendait déjà un apprentissage respectueux de la mobilité de l’enfant, dans un environnement de liberté, de manipulation et de mélange des âges.
C’est cette logique que Céline Alvarez reprend lorsqu’elle propose de faire découvrir les sons et les lettres de manière informelle, concrète et mobile.
Une leçon en trois temps peut ainsi être transformée en jeu. Plutôt que de demander simplement à l’enfant de montrer une lettre, elle propose par exemple : « Saute sur le m ! », « Saute sur le ch ! » ou encore « Lance le o dans un panier ! »
Les lettres mobiles permettent également de composer des mots sans passer par l’écriture manuscrite. Quelques lettres peuvent rester disponibles sur le réfrigérateur, être manipulées pendant un moment du quotidien ou servir à écrire un mot que l’enfant a envie de découvrir.
Il ne s’agit donc pas d’imposer chaque jour une séance d’apprentissage à un enfant de 2 ou 3 ans. Céline Alvarez insiste au contraire sur une entrée progressive, qui suit son intérêt et peut prendre du temps.
Apprendre à lire plus tôt ne signifie pas faire commencer le CP plus tôt. Dans l’approche qu’elle défend, le jeu, le mouvement et la manipulation deviennent précisément les supports de l’entrée dans la lecture.
Pourquoi la lecture est-elle un enjeu majeur pour la réussite scolaire ?
Un enfant qui peine encore à décoder ou à lire avec suffisamment de fluidité mobilise une grande partie de son attention pour identifier les mots. Il lui reste alors moins de ressources pour comprendre un énoncé de mathématiques, un texte d’histoire ou une consigne écrite.
L’automatisation du décodage est une étape essentielle, mais elle ne suffit pas à faire de l’enfant un lecteur régulier. Nous avons également consacré un épisode à la question de faire aimer la lecture aux enfants.
C’est ce qui explique l’importance que Céline Alvarez accorde à la fin du CP. Les difficultés ne disparaissent pas nécessairement avec le simple passage dans la classe supérieure : à mesure que les textes s’allongent et que la lecture devient le support de nouveaux apprentissages, elles peuvent au contraire peser de plus en plus lourd.
Les évaluations nationales montrent qu’une part importante des élèves reste effectivement fragile en lecture après le CP. À la rentrée 2025, en début de CE1, 71,5 % des élèves présentent une maîtrise satisfaisante de la lecture à voix haute de mots : près de trois élèves sur dix se situent donc encore dans les groupes « fragile » ou « à besoins » pour cette compétence. En début de CM1, seuls 57,7 % des élèves atteignent une maîtrise satisfaisante en lecture à voix haute d’un texte.
Ces difficultés sont également socialement marquées. La DEPP constate que les élèves scolarisés en éducation prioritaire obtiennent des résultats moins élevés en lecture et que, pour certaines compétences, les écarts avec les élèves scolarisés hors éducation prioritaire se maintiennent ou augmentent.
C’est précisément ce qui motive la réflexion de Céline Alvarez depuis ses premiers travaux. Issue elle-même d’un milieu ouvrier et ayant grandi dans des quartiers populaires, elle explique avoir très tôt été frappée par l’écart entre le potentiel des enfants et les possibilités que leur environnement leur permettait réellement d’exploiter.
Elle voit donc dans l’apprentissage de la lecture un levier de réduction des inégalités : permettre à davantage d’enfants de maîtriser suffisamment tôt le code écrit et d’accéder à une lecture fluide, c’est aussi leur donner plus rapidement accès aux autres apprentissages.
« La lecture, ce n'est pas un sujet comme un autre, c'est vraiment un sésame qui va ouvrir la porte à tous les autres domaines », résume-t-elle.
Pourquoi Céline Alvarez appelle-t-elle à faire évoluer les programmes de l'Éducation nationale ?
À ceux qui lui répondent que certains enseignants travaillent déjà les sons, l’encodage ou la lecture dès la maternelle, Céline Alvarez oppose un argument simple : quelques initiatives individuelles ne suffisent pas.
Certains enseignants accompagnent déjà les enfants vers la lecture avant le CP, parfois très efficacement. Mais cet objectif n’est pas aujourd’hui posé de la même manière sur tout le territoire. Il dépend donc encore largement des pratiques de classe, des choix pédagogiques des équipes et, parfois, de la possibilité pour les familles de compléter elles-mêmes ce qui est proposé à l’école.
C’est précisément ce que Céline Alvarez souhaite changer. Selon elle, les enfants qui ont le plus besoin d’un enseignement explicite et progressif sont aussi ceux pour lesquels on peut le moins compter sur une découverte spontanée de la lecture ou sur un accompagnement familial important.
Elle pointe également une incohérence entre la maternelle et le CP. Des enseignants de maternelle peuvent choisir d’amener leurs élèves à décoder des mots, tandis que leurs collègues de CP sont conduits à reprendre une progression depuis le début. À l’inverse, certains enseignants de maternelle peuvent hésiter à aller plus loin parce que cet objectif n’est pas clairement inscrit dans les attendus.
Céline Alvarez résume ainsi le problème :
« on ne peut pas se satisfaire d’initiatives personnelles et d’à-peu-près ».
Faire évoluer les programmes permettrait donc de fixer un cap commun :
commencer plus tôt l’apprentissage explicite du code ;
privilégier les correspondances entre sons et signes ;
organiser la progression autour d’un premier ensemble restreint de graphèmes ;
laisser davantage de temps aux enfants pour automatiser la lecture.
Pour elle, l’enjeu est moins d’imposer une méthode unique que de rendre cette progression accessible à tous les enfants, indépendamment de leur école, de leur enseignant ou de leur milieu familial.
Un imagier avec des mots indevinables illustrés : l’enfant doit pouvoir décoder le mot. Par exemple, ce n’est pas un oiseau, c’est un canari.
Mon imagier, 75 mots à lire dès 3 ans, Céline Alvarez, éditions Les Arènes
Les principales objections à l’apprentissage précoce de la lecture
« Les enfants doivent jouer en maternelle, pas apprendre à lire »
Cette objection repose sur une opposition que Céline Alvarez récuse : apprendre à lire ne signifie pas forcément rester assis à une table avec un cahier.
Les correspondances entre sons et signes peuvent au contraire être découvertes dans le mouvement, le jeu et la manipulation. Les lettres mobiles, les activités de tri, les jeux où l’enfant doit retrouver ou déplacer une lettre permettent d’entrer dans le code écrit sans transformer la maternelle en CP.
Lorsqu’elle propose par exemple de demander à l’enfant « Saute sur le m ! » ou « Lance le o dans un panier ! », Céline Alvarez montre bien que l’apprentissage peut s’intégrer à une activité ludique et corporelle.
La véritable question n’est donc pas de choisir entre jouer et apprendre, mais de savoir comment proposer cet apprentissage en respectant le développement et l’intérêt de l’enfant.
« Moi, j’ai appris avec le nom des lettres et je sais lire »
Certaines personnes ont appris à lire en connaissant d’abord le nom des lettres, ou avec une autre progression, et sont effectivement devenues de bons lecteurs.
Pour Céline Alvarez, cet argument ne permet toutefois pas de déterminer quelle méthode facilite le mieux l’apprentissage pour l’ensemble des enfants. Une pratique peut fonctionner pour certains, sans être pour autant la plus simple ou la plus efficace pour tous.
Elle invite donc à sortir du raisonnement fondé uniquement sur son expérience personnelle :
« Il ne faut pas penser perso, il faut penser en termes de pays. »
L’enjeu est de déterminer quelles pratiques permettent au plus grand nombre d’enfants de comprendre rapidement le fonctionnement du code écrit, notamment ceux qui rencontrent davantage de difficultés ou qui bénéficient de moins d’accompagnement en dehors de l’école.
« Les enseignants le font déjà »
Oui, certains enseignants travaillent déjà le son des lettres, l’encodage, les lettres mobiles ou la lecture dès la maternelle.
Mais c’est précisément l’un des points soulevés par Céline Alvarez : ces pratiques ne sont ni systématiques ni organisées partout selon la même progression. Elles dépendent encore beaucoup des choix pédagogiques individuels et de la manière dont les programmes sont interprétés.
Son propos n’est donc pas d’affirmer que personne ne le fait, mais de demander comment faire en sorte que tous les enfants puissent bénéficier d’un apprentissage plus cohérent.
« Céline Alvarez n’a rien inventé »
Céline Alvarez ne présente pas elle-même son approche comme une invention sortie de nulle part. Elle rappelle notamment que les lettres mobiles existaient avant Maria Montessori et que les pédagogues ont toujours repris, adapté et enrichi des pratiques antérieures. Montessori elle-même s’est appuyée sur des travaux et des outils déjà existants.
L’intérêt de sa proposition se situe ailleurs : adapter ces principes aux particularités du français et organiser une progression qui tient compte de son opacité.
C’est notamment le sens du choix de travailler d’abord avec un ensemble restreint de 35 graphèmes fréquents, avant d’introduire progressivement les nombreuses irrégularités de la langue française.
Plutôt que de chercher à savoir qui a « inventé » chaque outil, Céline Alvarez invite donc à regarder ce que la recherche permet aujourd’hui de mieux comprendre sur l’apprentissage de la lecture et la manière d’en simplifier l’accès pour les enfants.
Le propos de Céline Alvarez dépasse largement la seule question de la méthode pour apprendre à lire. Elle défend l’idée que cet apprentissage devrait commencer plus tôt et surtout devenir plus cohérent, afin qu’il ne dépende ni du milieu familial ni des seules initiatives de certains enseignants.
L’objectif est de donner à davantage d’enfants le temps de comprendre et d’automatiser le code écrit, pour leur permettre d’entrer plus sereinement dans les autres apprentissages.
Pour aller plus loin et découvrir l’ensemble de son argumentation, vous pouvez écouter l’épisode complet des Adultes de Demain avec Céline Alvarez.
Le cahier d’activités, notamment conseillé pour les enfants de 4-5 ans, qui connaissent le nom des lettres mais pas les sons
FAQ - méthode pour apprendre à lire dès 2-3 ans
Quelle méthode pour apprendre à lire ?
Céline Alvarez recommande une approche fondée sur le son des lettres, l’encodage, le décodage et la manipulation de lettres mobiles. Elle propose de commencer par un ensemble limité de 35 graphèmes fréquents avant d’introduire progressivement les irrégularités du français.
Faut-il apprendre le son ou le nom des lettres en premier ?
Selon Céline Alvarez, il est préférable de commencer par le son des lettres, car c’est cette information qui permet à l’enfant d’encoder puis de décoder les mots. Le nom des lettres peut être appris ensuite.
À quel âge peut-on commencer l’apprentissage de la lecture ?
L’apprentissage peut commencer dès la maternelle, de manière progressive et informelle. Céline Alvarez évoque une découverte des sons vers 2-3 ans, la composition de mots autour de 3-4 ans et l’entrée progressive dans le décodage ensuite, sans imposer de calendrier rigide.
Que faire si un enfant entre au CP sans maîtriser les sons ou reste en difficulté en fin d’année ?
Céline Alvarez recommande d’abord de reprendre les 35 graphèmes de base, de vérifier leur automatisation et de travailler l’encodage puis le décodage avec des mots simples. Si les difficultés persistent en fin de CP ou semblent dépasser de simples confusions entre le nom et le son des lettres, elle conseille de consulter rapidement un orthophoniste.
Les liens sur les livres sont affiliés auprès de Amazon. Le livre n’est pas plus cher pour vous, mais il permet de percevoir une petite commission pour Les Adultes de Demain. Cela nous aide à continuer ce partage de contenus.
Nos réseaux sociaux :
Notre site web ; Instagram ; Facebook ; LinkedIn
Nous écouter
Apple podcast ; Spotify ; Deezer
Pour nous soutenir, n’hésitez pas à nous laisser vos avis sur Apple Podcast ou Spotify et abonnez-vous à notre chaîne Youtube pour ne plus rater aucun épisode !